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QSPTAG #333 — 11 septembre 2026

Fri, 11 Sep 2026 15:24:45 +0000 - (source)

Bonjour Ă  toutes et Ă  tous !

Cette semaine on exprime notre soutien Ă  Autistici/Inventati, on revient sur les mesures sĂ©curitaires votĂ©es cet Ă©tĂ© dans la loi RIPOST, et on sera Ă  la FĂȘte de l’Huma ce week-end.
Bonne lecture Ă  vous !
Alex, Bastien, Eva, Marne, Mathieu, Myriam, Noémie et Nono

Lire sur le site

Loi RIPOST : le grand bazar de la surveillance

Nous avions dĂ©jĂ  parlĂ© avant l’Ă©tĂ© de la loi RIPOST de Laurent Nuñez, ministre de l’intĂ©rieur. Ensemble hĂ©tĂ©roclite de mesures sĂ©curitaires, la loi a Ă©tĂ© votĂ©e en juin dernier, puis examinĂ©e par le Conseil constitutionnel. Celui-ci a approuvĂ© la quasi-totalitĂ© du texte. Nous passons en revue les mesures les plus importantes Ă  nos yeux : l’extension de « l’expĂ©rimentation Â» de la vidĂ©osurveillance algorithmique (VSA), l’extension de l’usage des lecteurs automatiques de plaques d’immatriculations (LAPI), l’extension des possibilitĂ©s de contrĂŽle d’identitĂ©, les camĂ©ras-piĂ©ton, les drones… Pour faire le tour de ce grand bazar de la surveillance et dĂ©couvrir les nouvelles mesures en dĂ©tail, lisez notre article !

Lire l’article du 9 septembre : Loi RIPOST adoptĂ©e : faisons le bilan

Soutien Ă  Autistici/Inventati

Le collectif italien Autistici/Inventati proposait des services d’hĂ©bergement associatif : sites web, e-mails, listes de diffusion, blogs, et autres moyens de communication. La particularitĂ© de leur offre, c’est la prise en compte des besoins propres Ă  l’espace militant. La confidentialitĂ© des Ă©changes, la sĂ©curitĂ© des donnĂ©es, tout ce qui permet de se mettre Ă  l’abri des volontĂ©s de rĂ©pression, de la part des États ou des adversaires politiques malintentionnĂ©s. Des hackerspaces, des mouvements sociaux, des mĂ©dias du monde entier utilisaient volontiers ces services. Et c’est pour cela que les États-Unis de Donald Trump ont dĂ©cidĂ© de s’en prendre Ă  Autistici/Inventati.

Sous prĂ©texte de soutien logistique Ă  « Antifa Â» – le terrible mouvement antifasciste (voire communiste !) qui menace de l’intĂ©rieur l’AmĂ©rique grande again de l’idĂ©ologie trumpiste – le gouvernement fĂ©dĂ©ral a dĂ©cidĂ© d’inscrire le collectif numĂ©rique sur une liste d’organisations terroristes mondiales et sur la liste des organisations avec lesquelles il est interdit de commercer sous peine de sanctions. Tous les fournisseur de Autistici/Inventati avaient donc jusqu’au 25 septembre pour mettre un terme Ă  leur relation commerciale avec la structure. Son travail rendu impossible, le collectif a annoncĂ© lundi 7 septembre la cessation de ses activitĂ©s.

La dĂ©cision Ă©tatsunienne pose Ă©videmment beaucoup de problĂšmes. Un hĂ©bergeur n’est en rien responsable des paroles ou des actions organisĂ©es par les personnes qui utilisent ses services. Alors qu’un hĂ©bergeur commercial n’aurait pas Ă©tĂ© menacĂ© dans son activitĂ©, la coloration politique du collectif le transforme en cible pour un État tout puissant. Face Ă  cet abus de pouvoir, les hĂ©bergeurs associatifs europĂ©ens ont rĂ©digĂ© une tribune de soutien Ă  Autistici/Inventati, traduite en français par le collectif CHATONS. Nous publions, en signe de soutien, cette tribune sur notre site web.

Lire la tribune : Soutien Ă  Autistici/Inventati, hĂ©bergeur dĂ©signĂ© comme « terroriste Â» par l’administration Trump

Nous serons Ă  la FĂȘte de l’Huma !

Cette annĂ©e, nous serons prĂ©sent·es Ă  plusieurs tables-rondes lors de la FĂȘte de l’Huma. Samedi, nous discuterons Ă  14h de l’État policier et de la Technopolice et de la montĂ©e de l’extrĂȘme-droite dans les mĂ©dias Ă  17h. Puis, dimanche, nous dĂ©battrons de la questions de la souverainetĂ© numĂ©rique Ă  13h.
N’hĂ©sitez pas Ă  passer une tĂȘte et Ă  venir discuter aprĂšs si vous venez Ă  la FĂȘte de l’Huma !

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Loi RIPOST adoptée : faisons le bilan

Wed, 09 Sep 2026 09:49:25 +0000 - (source)

Au cƓur de l’étĂ©, le Conseil constitutionnel a validĂ© la quasi totalitĂ© de la loi dite « RIPOST Â», dernier cadeau sĂ©curitaire du ministre de l’intĂ©rieur Laurent Nuñez avant les Ă©lections de 2027. Si elle a concentrĂ© beaucoup d’attention en raison de la criminalisation disproportionnĂ©e des free-parties qu’elle instaure, cette loi augmente encore considĂ©rablement l’arsenal de surveillance – dĂ©jĂ  bien fourni – de la police. Voici un rĂ©capitulatif des principales mesures adoptĂ©es.

Depuis des annĂ©es, les entreprises travaillent main dans la main avec les responsables politiques pour lĂ©galiser la VSA. Ces logiciels analysent les comportements filmĂ©s par les camĂ©ras des villes de France pour trouver d’Ă©ventuelles personnes « suspectes Â». Opposé⋅es Ă  cette dangereuse technologie, nous dĂ©nonçons la « stratĂ©gie des petits pas Â» qui l’installe doucement dans notre quotidien et empĂȘche tout rĂ©el dĂ©bat public permettant de s’y opposer. Ainsi, la VSA a d’abord Ă©tĂ© introduite comme une « expĂ©rimentation Â» en 2023 en prĂ©vision des Jeux Olympiques 2024 (en rĂ©alitĂ© pour un pĂ©rimĂštre et une durĂ©e bien plus larges), puis ce cadre a Ă©tĂ© reconduit jusqu’en 2027 au prĂ©texte des JO 2030. DĂ©sormais, l’article 50 de la loi RIPOST Ă©tend l’utilisation de la VSA jusqu’en 2030, en affichant toujours un caractĂšre « expĂ©rimental Â» alors qu’Ă  ce stade l’inscription dans la durĂ©e est plus que visible.

Le texte Ă©largit aussi le champ d’application de la surveillance algorithmique de l’espace public. D’abord limitĂ©s Ă  des Ă©vĂšnements ponctuels (matchs de foot, concerts ou festivals), ces logiciels pourront dĂ©sormais ĂȘtre dĂ©ployĂ©s aux abords des « bĂątiments ou des lieux ouverts au public qui, par leur nature, sont de façon permanente ou en raison de circonstances exceptionnelles particuliĂšrement exposĂ©s Â» Ă  des risques « d’actes de terrorisme ou d’atteintes graves Ă  la sĂ©curitĂ© des personnes Â». Rappelons que ces « risques Â» sont interprĂ©tĂ©s de façon trĂšs large, puisqu’ils ont pu ĂȘtre caractĂ©risĂ©s pour des concerts de Taylor Swift, les NRJ Music Awards ou encore des matchs du PSG. Auparavant limitĂ©e Ă  quelques semaines, la VSA pourra aussi durer plus longtemps. DĂ©sormais, cette surveillance pourra ĂȘtre autorisĂ©e jusqu’Ă  trois mois, renouvelable indĂ©finiment tant que la menace persiste. Ce qui, en pratique, signifie qu’elle pourrait ĂȘtre autorisĂ©e de maniĂšre quasi-permanente.

La liste de ces bĂątiments, encore inconnue car fixĂ©e par arrĂȘtĂ© ministĂ©riel, est donc susceptible de concerner toutes les villes de France. D’autres questions restent Ă©galement en suspens : quelles entreprises mettront en place cette VSA et qui les contrĂŽlera ? S’agit-il des entreprises ayant gagnĂ© les appels d’offre en 2023, comme Wintics ou Videtics, ou bien de nouvelles entreprises rentreront-elles dans la danse ? Est-ce que le comitĂ© d’évaluation – qui avait directement critiquĂ© l’efficacitĂ© et l’utilitĂ© de cette technologie – sera reconduit ?

Enfin, malgrĂ© tous ses efforts pour lĂ©galiser les logiciels de VSA dans les supermarchĂ©s, le dĂ©putĂ© macroniste Paul Midy va encore devoir attendre. En effet, la commission mixte paritaire a Ă©cartĂ© son amendement, qui reprenait le contenu d’une loi qu’il avait dĂ©posĂ©e, mais dont le parcours lĂ©gislatif patine. Son obstination est intacte : il veut venir Ă  la rescousse des logiciels qui analysent les mouvements dans les supermarchĂ©s, dont ceux commercialisĂ©s par la sociĂ©tĂ© Veesion, pour leur donner un cadre juridique. Bien que dĂ©clarĂ©s illĂ©gaux par le Conseil d’État et la CNIL, ces logiciels continuent d’ĂȘtre massivement mis en place.

Si vous voyez des affiches indiquant leur prĂ©sence dans vos commerces, n’hĂ©sitez pas Ă  signaler leur illĂ©galitĂ© au gĂ©rant et Ă  vous y opposer  !

Les capteurs de plaques d’immatriculation disposĂ©s sur les routes de France permettent d’identifier et de suivre les vĂ©hicules, et donc leurs propriĂ©taires. Avec la loi RIPOST, les capacitĂ©s de l’État pour cette analyse des plaques d’immatriculation va considĂ©rablement changer d’échelle. Les articles 44 et 45 Ă©tendent Ă  un an la durĂ©e de conservation de ces donnĂ©es, crĂ©ent la possibilitĂ© de consulter l’historique de cette surveillance mĂȘme en dehors d’une enquĂȘte judiciaire, favorisent l’accĂšs aux camĂ©ras des villes et des parkings, et permettent aux services de renseignement de faire de l’analyse algorithmique de ces dĂ©placements. Alors qu’aux États-Unis, la colĂšre monte contre ces systĂšmes de surveillance opĂ©rĂ©s par l’entreprise Flock, qui sont devenus un symbole de la surveillance de masse, la France, elle, opte pour le dĂ©veloppement massif de cette technologie permettant de traquer les dĂ©placements. Pour plus de dĂ©tails, vous pouvez relire notre article publiĂ© au mois de juin sur le sujet.

Il existe d’ores et dĂ©jĂ  diffĂ©rents cadres juridiques permettant Ă  la police de contrĂŽler l’identitĂ© des personnes, que nous avons dĂ©taillĂ©s dans notre rĂ©cent guide juridique. L’article 35 de la loi RIPOST offre encore une nouvelle possibilitĂ© calquĂ©e sur le rĂ©gime des douanes. DĂ©sormais, certains agents de police et de gendarmerie pourront, sans rĂ©quisition du procureur, contrĂŽler l’identitĂ© des personnes et fouiller des vĂ©hicules et bagages dans un pĂ©rimĂštre de 40 kilomĂštres aux frontiĂšres, ainsi que dans les gares, les aĂ©roports et les trains internationaux, au nom de la prĂ©vention de certaines infractions de criminalitĂ© organisĂ©e et en dehors de toute procĂ©dure judiciaire. Parmi les dĂ©lits permettant ce type de contrĂŽle, on retrouve « l’aide Ă  l’entrĂ©e, Ă  la circulation et au sĂ©jour irrĂ©guliers Â», laissant donc craindre que ce nouveau type de contrĂŽle d’identitĂ© pourra notamment ĂȘtre opĂ©rĂ© contre les militant·es organisant la solidaritĂ© aux frontiĂšres françaises.

Les camĂ©ras-piĂ©tons incarnent la gourmandise insatiable des acteurs de la rĂ©pression. Ce petit boĂźtier-camĂ©ra, installĂ© sur le torse des agents, ne sert pas Ă  grand-chose pour la sĂ©curitĂ© des personnes d’aprĂšs les quelques Ă©valuations publiĂ©es. En revanche, les camĂ©ras-piĂ©tons constituent bel et bien des outils pour la « guerre des images Â» de la police et contribuent Ă  instaurer un rapport de force face Ă  la population (et quand ces images n’arrangent pas la police, il faut compter sur les rares fuites dans la presse). AprĂšs la police et la gendarmerie nationales, les sapeurs-pompiers, les gardes-champĂȘtres, l’administration pĂ©nitentiaire, les polices municipales, les services de sĂ©curitĂ© de la RATP et de la SNCF et les contrĂŽleurs dans les transports – on reprend sa respiration –, l’article 47 de la loi RIPOST permettra dĂ©sormais aux agents des douanes de disposer eux aussi de ces camĂ©ras-piĂ©tons. L’article 53, quant Ă  lui, les met Ă  disposition des agents de sĂ©curitĂ© privĂ©e pour une « expĂ©rimentation Â» de 3 ans qui sera trĂšs probablement pĂ©rennisĂ©e. En revanche, le Conseil constitutionnel a censurĂ© la possibilitĂ© pour les gestionnaires d’autoroutes de disposer de ces camĂ©ras.

L’article 54 supprime l’obligation d’enregistrer les images de vidĂ©osurveillance au sein des cellules de garde Ă  vue et de retenue douaniĂšre, qui Ă©tait auparavant prĂ©vue par le code de la sĂ©curitĂ© intĂ©rieure. Si les camĂ©ras ne sont structurellement pas lĂ  pour nous protĂ©ger, cette mesure va tout de mĂȘme priver de preuve toute personne qui subirait des violences ou des atteintes aux droits dans sa cellule lors de sa garde Ă  vue, et qui auraient pu ĂȘtre dĂ©montrĂ©es avec ces enregistrements.

LĂ©galisĂ©s en 2022, les drones policiers sont entrĂ©s massivement dans notre quotidien. Leurs utilisations sont si frĂ©quentes qu’il est difficile de les compter, et le cadre juridique est interprĂ©tĂ© de maniĂšre tellement disproportionnĂ©e qu’il laisse le champ libre Ă  une surveillance gĂ©nĂ©rale. Pour donner un rĂ©cent exemple, la prĂ©fecture d’Ille-et-Vilaine a autorisĂ© la surveillance de Rennes pour tout le mois de septembre 2026, au nom de la lutte contre le trafic de stupĂ©fiants. Pour tenter de garder une apparence de proportionnalitĂ©, la mesure est dĂ©coupĂ©e en cinq arrĂȘtĂ©s prĂ©fectoraux, chacun autorisant le survol d’une zone prĂ©cise par quatre drones – soit en rĂ©alitĂ© 20 engins qui pourront survoler la quasi-totalitĂ© de la ville pendant un mois.

La loi RIPOST va contribuer Ă  accĂ©lĂ©rer davantage cette dynamique dĂ©bridĂ©e. D’une part, l’article 7 offre Ă  la police et Ă  la gendarmerie une nouvelle possibilitĂ© de faire voler des drones, pour la prĂ©vention «d’infractions routiĂšres d’une particuliĂšre gravitĂ© en raison des troubles qu’elles prĂ©sentent pour la sĂ©curitĂ© et la tranquillitĂ© publiques» (en d’autres termes : les rodĂ©os urbains).

D’autre part, l’article 42 créé une procĂ©dure d’urgence permettant d’utiliser les drones sans autorisation prĂ©fectorale formelle « face Ă  une situation d’urgence caractĂ©risĂ©e nĂ©cessitant une intervention immĂ©diate afin de renforcer la rĂ©activitĂ© et l’efficacitĂ© des opĂ©rations menĂ©es tout en assurant la sĂ©curitĂ© des agents sur le terrain. Â». Dans ce cas trĂšs vague, le prĂ©fet peut s’affranchir des rĂšgles de droit commun et donner autorisation « par tout moyen permettant d’assurer sa matĂ©rialitĂ© Â», Ă  la seule condition de rĂ©gulariser la situation par une publication formelle de l’autorisation dans l’heure. Cette procĂ©dure dĂ©rogatoire empĂȘchera donc la population de pouvoir s’informer sur le survol d’un drone et Ă©ventuellement de contester la lĂ©galitĂ© de l’autorisation, alors que que cette information est dĂ©jĂ  difficilement accessible. Jusqu’Ă  prĂ©sent, les arrĂȘtĂ©s prĂ©fectoraux autorisant des drones Ă©taient publiĂ©s dans les recueils des actes administratifs des prĂ©fectures, des sortes de journaux officiels locaux mais qui sont de vĂ©ritables labyrinthes. C’est pour limiter les effets de cette opacitĂ© que nous dĂ©veloppons depuis 2024 un moteur de recherche des arrĂȘtĂ©s prĂ©fectoraux, Attrap. En supprimant tout formalisme lorsque la police estime qu’il y a urgence, la loi RIPOST supprime ainsi une condition indispensable Ă  la contestation de la lĂ©galitĂ© de ces autorisations.

S’ils n’ont pas rĂ©ussi Ă  obtenir de camĂ©ras-piĂ©tons, les agents gestionnaires du rĂ©seau routier auront nĂ©anmoins le droit d’utiliser des camĂ©ras embarquĂ©es sur leurs vĂ©hicules pendant cinq ans, et donc d’enregistrer leurs interventions, le tout aux fins d’« assurer la prĂ©vention et l’analyse des accidents routiers Â» (article 47). Aussi, l’article 43 renouvelle une expĂ©rimentation dĂ©marrĂ©e en 2021 de mise en place de camĂ©ras frontales Ă  l’avant des trains, pour « prĂ©venir et analyser les accidents Â»..

Si cette liste est longue, elle ne reprĂ©sente malheureusement qu’une petite partie de la loi RIPOST qui renforce la rĂ©pression Ă  bien d’autres Ă©gards. Ce texte sanctionne par exemple la possession de feux d’artifices, durcit la lutte contre les squats dans la continuitĂ© de la loi Kasbarian, s’en prend une fois de plus au mode de vie des voyageur·euses ou encore Ă©largit le pouvoir des prĂ©fets en matiĂšre d’expulsion d’occupants de logements sociaux, autorisĂ©e depuis la loi Narcotrafic.

Si le rythme d’adoption des lois va ralentir au Parlement Ă  l’approche des Ă©lections, les deux quinquennats d’Emmanuel Macron auront dĂ©finitivement installĂ© un Ă©difice sĂ©curitaire vertigineux, dont le prochain gouvernement n’aura plus qu’Ă  s’emparer Ă  son avantage. Pour nous aider dans notre combat et pour que l’on puisse continuer Ă  lutter dans ce futur assombri, n’hĂ©sitez pas Ă  nous faire un don.


Soutien Ă  Autistici/Inventati, hĂ©bergeur dĂ©signĂ© comme « terroriste » par l’administration Trump

Tue, 01 Sep 2026 13:08:03 +0000 - (source)

La Quadrature du Net, comme d’autres organisations, est signataire d’une lettre ouverte publiĂ©e sur Sabot Media dĂ©nonçant la rĂ©pression dont est victime Autistici/Inventati, hĂ©bergeur associatif italien, de la part du gouvernement Ă©tats-unien. Nous republions cette lettre traduite en français par la communautĂ© CHATONS.org.

En tant qu’organisation de dĂ©fense des droits humains et numĂ©riques, La Quadrature du Net apporte tout son soutien au collectif Autistici/Inventati. Vous pouvez retrouver la lettre originale sur le site de Sabot Media.

Le 26 aoĂ»t 2026, les États-Unis ont dĂ©signĂ© le collectif numĂ©rique italien Autistici/Inventati comme « Specially Designated Global Terrorist Â» (Terroristes internationaux) et l’ont ajoutĂ© Ă  la liste d’organisations placĂ©es sous sanctions Ă©tats-uniennes appelĂ©e « Specially Designated Nationals list Â», sous l’ordre exĂ©cutif 13224. Les organisations Ă©tats-uniennes en lien avec Autistici/Inventati (banques, fournisseurs
) bĂ©nĂ©ficient d’une autorisation temporaire de mener Ă  bien les transactions dĂ©jĂ  engagĂ©es avec A/I avant cette classification. Cette autorisation prend fin le 25 septembre 2026 Ă  00h01 Ă  l’heure de Washington. AprĂšs cette date limite, les relations devront ĂȘtre suspendues, sous peine de sanctions.

Autistici/Inventati hĂ©berge depuis 2001 des services en ligne non marchands : email, sites web, listes d’email, la plateforme Noblogs, et autres moyens de communication. L’organisation Ă©merge de hackerspaces italiens, de mĂ©dias autonomes et de mouvements sociaux. Son infrastructure est construite en rĂ©ponse Ă  la censure, Ă  la surveillance furtive et aux saisies de serveurs. Elle minimise les donnĂ©es personnelles, utilise des systĂšmes distribuĂ©s et traite la confidentialitĂ© comme un bien commun nĂ©cessaire Ă  la participation politique plutĂŽt que comme un produit.

L’annonce publique des États-Unis pointe des organisations qui sont censĂ©es avoir utilisĂ© l’infrastructure d’A/I. Elle ne montre pas qu’A/I a planifiĂ© les actions citĂ©es, choisi des cibles, dirigĂ© ses utilisateurs et utilisatrices ou créé le contenu hĂ©bergĂ©. Cette annonce soulĂšve une question qui va bien plus loin que la question du collectif A/I : est-ce que le fait de maintenir une infrastructure dĂ©diĂ©e Ă  des communications confidentielles de mouvements dĂ©favorisĂ©s, peut lui-mĂȘme ĂȘtre traitĂ© comme du terrorisme ?

Cette thĂ©orie met en danger les hĂ©bergeurs indĂ©pendants, les services de communication chiffrĂ©s, les librairies radicales, les archives des mouvements sociaux, les Ă©diteurs et les petits projets bĂ©nĂ©voles, partout dans le monde. Elle encourage les banques, les registraires de noms de domaine, les entreprises d’hĂ©bergement Ă  couper tout accord immĂ©diatement, et Ă  poser les questions juridiques ensuite. Elle transforme la minimisation de la collecte des donnĂ©es en quelque chose de suspect, la confidentialitĂ© en dissimulation, et l’infrastructure en culpabilitĂ© par association.

Les grandes plateformes numĂ©riques commerciales sont habituellement distinguĂ©es du discours et du comportement de leurs utilisateurs et utilisatrices par un principe de responsabilitĂ© limitĂ©e, en tant qu’intermĂ©diaires. Ces protections ne sont pas absolues et ne permettent pas de dĂ©roger Ă  la loi sur les sanctions. C’est prĂ©cisĂ©ment pour cela que cette annonce est si lourde de consĂ©quences : le pouvoir de sanction de l’exĂ©cutif Ă©tats-unien peut imposer une isolation Ă©conomique sans qu’un tribunal ait jugĂ© si un hĂ©bergeur est lĂ©galement responsable du contenu tiers.

Autistici/Inventati n’est pas neutre politiquement, tout comme les bibliothĂšques, syndicats, hĂ©bergeurs et associations de dĂ©fense des libertĂ©s individuelles qui pourraient signer cette lettre. Mais l’affinitĂ© politique est distincte d’un contrĂŽle opĂ©rationnel. Fournir un compte d’email, une plateforme de publication ou un serveur n’est pas la mĂȘme chose que de planifier tout ce qu’un utilisateur ou une utilisatrice pourrait ensuite faire ou dire.

Nous appelons donc Ă  :

La rĂ©vocation immĂ©diate de cette classification, ou son rĂ©examen rapide et transparent, accompagnĂ© de la publication de la base factuelle et lĂ©gale sur laquelle s’appuie cette dĂ©cision. Cette transparence doit ĂȘtre suffisante pour une analyse et une contestation publiques.

Une distinction claire entre la fourniture d’infrastructure de communication et la direction des agissements de ses utilisateurs et utilisatrices.

La confidentialitĂ©, le chiffrement, le pseudonymat et le refus de conserver des donnĂ©es identifiantes ne doivent pas ĂȘtre traitĂ©s comme des preuves d’activitĂ© ou d’intention terroriste.

Une protection pour l’investigation, la recherche, l’archivage et le plaidoyer indĂ©pendants.

Les journalistes, les bibliothĂšques, les chercheurs et chercheuses et les archivistes communautaires devraient ĂȘtre en capacitĂ© de documenter cette affaire sans ĂȘtre traitĂ©s comme des parties intĂ©grantes de l’entitĂ© dĂ©signĂ©e.

La résistance à la sur-conformité des institutions.

Les banques, les registraires, les hĂ©bergeurs, les fournisseurs de certifications et les entreprises des NTIC devraient rendre publiques les restrictions auxquelles elles sont soumises, notifier leurs contraintes lĂ©gales chaque fois que c’est permis, et Ă©viter de dĂ©truire de l’information ou des relations au-delĂ  de ce que la loi requiert rĂ©ellement.

Une rĂ©ponse publique de la part des institutions qui dĂ©fendent les libertĂ©s numĂ©riques, la libertĂ© d’expression et les libertĂ©s individuelles.

Garder le silence, ce serait permettre la crĂ©ation d’un prĂ©cĂ©dent sur le ciblage des infrastructures autonomes.

Nous n’attendons pas de chaque signataire qu’il ou elle cautionne toute publication ou position politique d’A/I, ou de ses utilisateurs et utilisatrices. Nous attendons des signataires qu’ils et elles dĂ©fendent une distinction structurelle : l’infrastructure de communication n’est pas la mĂȘme chose que les discours ou agissements qui transitent Ă  travers elle.

Le but de la classification Ă©conomique, c’est l’isolation. Notre rĂ©ponse est une solidaritĂ© indĂ©pendante, informĂ©e et disciplinĂ©e. Nous voulons prĂ©server les archives publiques, analyser les allĂ©gations du gouvernement Ă©tats-unien, rĂ©sister Ă  la sur-conformitĂ© et dĂ©fendre la capacitĂ© des mouvements Ă  communiquer sans se soumettre Ă  la surveillance des entreprises ou des États.


QSPTAG #332 — 24 juillet 2026

Fri, 24 Jul 2026 15:09:28 +0000 - (source)

Bonjour Ă  toutes et Ă  tous !
Cette semaine, on vous explique en vidĂ©o ce que contient la loi RIPOST qui vient d’ĂȘtre votĂ©e, France Travail cĂšde, Ă  son tour, aux sirĂšnes du contrĂŽle algorithmique, le Parlement vote le contrĂŽle d’identitĂ© gĂ©nĂ©ralisĂ© sur les rĂ©seaux sociaux, et le Conseil constitutionnel censure le recours Ă  la gĂ©nĂ©alogie gĂ©nĂ©tique de la loi SURE.
Bonne lecture Ă  vous !

Alex, Bastien, Eva, Marne, Mathieu, Myriam, Noémie et Nono

Algorithme de contrĂŽle des chĂŽmeur·es Ă  France Travail : encore l’excuse de l’expĂ©rimentation

Avec la cellule investigation de Radio France, nous avons rĂ©vĂ©lĂ© un document Ă©laborĂ© par France Travail datant de dĂ©cembre 2025 qui explique qu’un algorithme de contrĂŽle des chĂŽmeur·es est en train d’ĂȘtre dĂ©ployĂ©. Cet algorithme a pour objectif de vĂ©rifier que les personnes sont effectivement en train de rechercher un emploi. ConcrĂštement, la machine repĂšre certains dossiers en fonction de variables prĂ©dĂ©finies afin de les transmettre aux agent·es de France Travail. À la date de dĂ©cembre 2025, 7000 personnes ayant bĂ©nĂ©ficiĂ© d’une rupture conventionnelle avaient dĂ©jĂ  servi de cobayes Ă  cet algorithme « expĂ©rimental Â», et une nouvelle vague d’expĂ©rimentation Ă©tait en prĂ©paration.

Cela vous rappelle peut-ĂȘtre un autre algorithme : celui de la CAF. Cet algorithme cible de façon discriminatoire les personnes les plus prĂ©caires, dont beaucoup de personnes au RSA, simplement parce qu’elles bĂ©nĂ©ficient de prestations sociales. Si on ne sait pas quels effets l’algorithme de France Travail a eu sur les 7000 personnes dĂ©jĂ  passĂ©es au crible de l’IA, on ne peut que craindre les mĂȘmes effets : ciblage des plus pauvres, dĂ©responsabilisation de la direction de France Travail, dĂ©shumanisation des personnes et violence administrative renforcĂ©e contre les plus prĂ©caires. C’est pour cela que La Quadrature appelle Ă  l’arrĂȘt de cette expĂ©rimentation.

Si vous ĂȘtes inscrit·e Ă  France Travail, vous pouvez Ă©galement demander des comptes Ă  votre conseiller·Úre pour savoir si vous ĂȘtes concerné·e et exprimer votre refus de cette surveillance.

Lire l’article du 20 juillet : France Travail dĂ©ploie un outil de profilage algorithmique Ă  des fins de contrĂŽle

VĂ©rification d’Ăąge sur les rĂ©seaux sociaux : le Parlement vote une loi rĂ©actionnaire

Ça y est ! Sans surprise, malheureusement, l’AssemblĂ©e nationale et le SĂ©nat ont votĂ© dĂ©finitivement cette semaine l’interdiction pour les mineur·es de moins de 15 ans d’accĂ©der aux rĂ©seaux sociaux. Tous. Y compris les rĂ©seaux sociaux du fĂ©divers comme Mastodon ou Peertube. Y compris, peut-ĂȘtre, certaines messageries comme Signal, Whatsapp ou Telegram, qui ont des fonctionnalitĂ©s de groupes qui pourraient s’apparenter Ă  un rĂ©seau social tellement la dĂ©finition choisie par le lĂ©gislateur français est large. Au 1er septembre prochain, les plateformes pourraient donc commencer Ă  exiger vos papiers d’identitĂ© (parce qu’une vĂ©rification d’Ăąge implique un contrĂŽle d’identitĂ©). Alors que la loi n’a pas encore Ă©tĂ© promulguĂ©e (le Conseil constitutionnel a Ă©tĂ© saisi et il ne rendra sa dĂ©cision, permettant la promulgation de la loi si elle n’est pas censurĂ©e, qu’Ă  la fin du mois d’aoĂ»t), l’ÉlysĂ©e a dĂ©jĂ  convoquĂ© les plateformes. L’objectif semble ĂȘtre de leur mettre la pression, Emmanuel Macron ayant fait de cette interdiction des rĂ©seaux sociaux un Ă©lĂ©ment phare de sa politique, et alors que les modalitĂ©s pratiques et l’effectivitĂ© de cette loi sont trĂšs incertaines.

« Encore une loi de merde Â» disions-nous au dĂ©but du mois de juillet. Et en plus, une loi de merde rĂ©actionnaire. Parce que cette interdiction des rĂ©seaux sociaux aux mineur·es ne vient pas de nulle part. Elle est la continuitĂ© d’une politique anti-jeunes commencĂ©e en 2023 lorsque, pour ne pas rĂ©pondre au mal-ĂȘtre de la jeunesse suite au meurtre de Nahel Merzouk, les rĂ©seaux sociaux ont Ă©tĂ© dĂ©signĂ©s par le gouvernement et Macron comme responsables des rĂ©voltes urbaines. Ou bien quand Tiktok a Ă©tĂ© bloquĂ© en Nouvelle-CalĂ©donie-Kanaky en 2024 au moment des rĂ©voltes sociales sur l’archipel, sur le prĂ©texte fallacieux et jamais dĂ©montrĂ© que des contenus violents illĂ©gaux auraient Ă©tĂ© massivement partagĂ©s. Alors que la plateforme servait surtout de lieu d’information pour la jeunesse.

Lire l’article du 22 juillet : Le Parlement vote l’interdiction des rĂ©seaux sociaux aux jeunes de moins de 15 ans

Couic la généalogie génétique

Bonne nouvelle ! Le 23 juillet, le Conseil constitutionnel a censurĂ© le recours Ă  la gĂ©nĂ©alogie gĂ©nĂ©tique dans le projet de loi SURE portĂ© par GĂ©rald Darmanin. Cette mesure aurait permis Ă  la police d’accĂ©der aux bases de donnĂ©es ADN d’entreprises privĂ©es Ă©trangĂšres qui proposent des tests « rĂ©crĂ©atifs Â» pour connaĂźtre ses origines. Non seulement ces tests sont interdits en France mais leur accĂšs aurait Ă©tĂ© fait sans le consentement des personnes (on vous en parlait en mai).

Restons tout de mĂȘme prudent·es. Car comme d’habitude, le Conseil constitutionnel donne le mode d’emploi pour rendre la mesure conforme Ă  la Constitution dans le futur. En l’occurrence, il reproche au gouvernement d’avoir Ă©tĂ© trop imprĂ©cis quant aux conditions du recours Ă  ces bases de donnĂ©es et suggĂšre donc qu’une nouvelle version plus dĂ©taillĂ©e et prĂ©cise pourrait ĂȘtre valide. Il est donc possible que cette technique trĂšs intrusive d’exploitation de nos donnĂ©es gĂ©nĂ©tiques, qui sont extrĂȘmement sensibles et identifiantes Ă  vie, revienne dans les mois ou annĂ©es Ă  venir. Mais en attendant, savourons cette victoire tant elles sont rares !

Loi RIPOST : une derniĂšre loi sĂ©curitaire pour la route

Entre la loi sur les polices municipales, la loi SURE, la loi de programmation militaire ou encore la loi sur la prĂ©somption de lĂ©gitime dĂ©fense des policiers, cette derniĂšre annĂ©e du mandat de Macron aura Ă©tĂ© un festival sĂ©curitaire. Mais ce n’est pas fini ! Le ministre de l’intĂ©rieur, Laurent Nunez, est parvenu Ă  faire adopter « sa Â» loi, dite RIPOST pour, lui aussi, apporter sa pierre Ă  l’Ă©difice.

En plus de contenir des mesures sur la criminalisation des free party, des rodĂ©os urbains, l’extension des pouvoirs de sĂ©curitĂ© privĂ©e ou sur les amendes forfaitaires dĂ©lictuelles, la loi RIPOST est aussi une loi de surveillance. En effet, elle prĂ©voit d’Ă©tendre encore un peu plus l’expĂ©rimentation de vidĂ©osurveillance algorithmique : celle-ci aura lieu dĂ©sormais jusqu’en 2030 et s’Ă©tendra Ă  la surveillance des abords des lieux ouverts au public. Aussi, ce texte Ă©largit considĂ©rablement le capacitĂ© de surveillance policiĂšre des vĂ©hicules graĉe aux lecteurs automatisĂ©s de plaques d’immatriculation, plus connus sous leur petit nom de « LAPI Â».

On vous en parlait déjà dans un article, maintenant nous y avons consacré une vidéo. La loi RIPOST, elle, a été adoptée définitivement le 23 juillet par le Parlement et a été transmise au Conseil constitutionnel.

Voir la vidéo sur la loi RIPOST sur notre chaine Peertube

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La Quadrature dans les médias

France Travail

VĂ©rification d’Ăąge


Le Parlement vote l’interdiction des rĂ©seaux sociaux aux jeunes de moins de 15 ans

Wed, 22 Jul 2026 16:51:37 +0000 - (source)

Mise Ă  jour du 17 aoĂ»t 2026 : le Conseil constitutionnel a censurĂ© la loi.

L’AssemblĂ©e nationale et le SĂ©nat ont adoptĂ© ce 21 juillet la proposition de loi de la dĂ©putĂ©e Laure Miller interdisant aux mineur·es de moins de 15 ans d’accĂ©der aux rĂ©seaux sociaux. Ce texte, qui veut instaurer une vĂ©rification d’Ăąge en ligne dont la consĂ©quence est un contrĂŽle d’identitĂ© gĂ©nĂ©ralisĂ©, doit entrer en application au 1er septembre 2026 si le Conseil constitutionnel ne le censure pas entre-temps. Cette loi rĂ©actionnaire est une dĂ©faite pour l’internet libre, dĂ©centralisĂ©, interopĂ©rable et dĂ©fait des logiques marchandes et de la surveillance.

Contours techniques et instruments juridiques flous

Le texte adoptĂ© par le Parlement se limite Ă  proclamer que « L’accĂšs Ă  un service de rĂ©seaux sociaux en ligne fourni par une plateforme en ligne est interdit aux mineurs de quinze ans Â». Comme le souhaitait le gouvernement, il consiste Ă  interdire l’accĂšs aux jeunes Ă  tout rĂ©seau social, une notion extrĂȘmement large qui concerne tout lieu en ligne sur lequel il est possible de discuter aprĂšs s’ĂȘtre créé un compte. Autrement dit, sont non seulement concernĂ©s les rĂ©seaux sociaux commerciaux comme Instagram, X/Twitter, Facebook, etc., mais aussi ceux dĂ©centralisĂ©s du FĂ©divers comme Mastodon ou Peertube. Pire encore, pourraient rentrer dans cette dĂ©finition des messageries en ligne comme Signal, Whatsapp ou Telegram qui, par leurs systĂšmes de groupes, se rapprochent de ce que le droit entend par rĂ©seau social.

Toutes ces plateformes en ligne devront interdire aux mineur·es de moins de 15 ans l’accĂšs Ă  leurs services. Mais on ne sait pas comment en pratique elles devront le faire. Est-ce que les plateformes devront utiliser un dispositif d’estimation d’Ăąge comme au Royaume-Uni ou en Australie, qui sera contournĂ© par la trĂšs grande majoritĂ© des plus jeunes ? Faudra-t-il prĂ©senter ses papiers d’identitĂ© Ă  une IA, empĂȘchant alors de s’exprimer en ligne les personnes sans papier, pas Ă  l’aise avec la technologie, ou tout simplement dont les papiers ne sont pas reconnus par la machine ? France Connect, l’identitĂ© numĂ©rique de la France qui sert aujourd’hui Ă  accĂ©der Ă  certains services publics en ligne, devient-il le point de passage obligĂ© avant d’avoir le droit d’exprimer une opinion en ligne ? Si la loi est muette sur ce point, le gouvernement semble Ă©carter les dispositifs d’estimation d’Ăąge. Ne seraient alors sur la table que des mesures de vĂ©rification d’identitĂ©.

D’autres flous persistent dans la loi, notamment concernant les pouvoirs de contraintes contre les plateformes qui refuseraient de faire cette vĂ©rification d’Ăąge. Le Parlement a supprimĂ© les pouvoirs de contraintes de l’Arcom, qui se voyait dans les premiĂšres versions du texte chargĂ©e de sanctionner les plateformes rĂ©calcitrantes. Probablement par peur que ce systĂšme ne soit pas conforme au droit europĂ©en, ces pouvoirs ont disparu dans la derniĂšre ligne droite des nĂ©gociations parlementaires, et l’Arcom a totalement disparu de l’Ă©quation dans le texte final.

Mais cela ne veut pas nĂ©cessairement dire qu’il n’y aurait pas de sanction pour les plateformes qui refuseraient de contrĂŽler l’identitĂ© de leurs utilisateur·rices : la loi votĂ©e insĂšre l’obligation de vĂ©rification d’Ăąge dans la loi pour la confiance en l’Ă©conomie numĂ©rique (LCEN), dans une partie sur la rĂ©gulation des plateformes en ligne. Or, cette mĂȘme LCEN comporte un article 6-3 qui permet Ă  l’autoritĂ© judiciaire d’imposer Ă  un intermĂ©diaire technique de prendre « toutes les mesures Â» jugĂ©es nĂ©cessaires pour mettre fin au non-respect de la loi. En thĂ©orie, le gouvernement pourrait utiliser cette voie pour faire censurer une plateforme qui ne procĂ©derait pas Ă  la vĂ©rification d’Ăąge des internautes. Il avait d’ailleurs dĂ©jĂ  tentĂ© d’utiliser cette procĂ©dure pour faire censurer la plateforme Shein.

Museler de plus en plus la jeunesse

Comble du cynisme, le gouvernement et le Parlement prennent l’excuse de la protection de la jeunesse pour faire passer leur mesure paternaliste. Ne nous trompons pas : cette loi ne protĂ©gera pas la jeunesse, bien au contraire. Elle ne s’attaque pas Ă  la source du problĂšme qu’est le modĂšle Ă©conomique des rĂ©seaux sociaux commerciaux. Pendant les dĂ©bats parlementaires, les dĂ©fenseur·euses de ce texte n’ont eu de cesse d’essentialiser les rĂ©seaux sociaux pour en faire la source de tous les maux en ligne. Ils et elles ont pourtant oubliĂ© que cette toxicitĂ© dĂ©sormais bien Ă©tablie de certaines plateformes est due Ă  leur caractĂšre commercial. Exit donc des mesures de fond pour s’attaquer au modĂšle Ă©conomique des plateformes commerciales. Et on se retrouve avec un texte d’affichage politique.

En privilĂ©giant une interdiction autoritaire au dĂ©triment d’une remise en cause profonde du modĂšle Ă©conomique basĂ© sur la publicitĂ©, cette loi dĂ©montre qu’elle n’est qu’une Ă©niĂšme mesure de dĂ©fiance envers les jeunes. Et ce n’est pas la premiĂšre fois. En 2023 dĂ©jĂ , lors des rĂ©voltes suite au meurtre de Nahel Merzouk, les rĂ©seaux sociaux avaient Ă©tĂ© dĂ©signĂ©s comme les responsables, permettant aux pouvoirs publics d’ignorer les causes rĂ©elles du malaise de la jeunesse. Emmanuel Macron pointait du doigt les rĂ©seaux sociaux utilisĂ©s par la jeunesse et appelait dĂ©jĂ  Ă  leur censure. Son gouvernement n’a pas hĂ©sitĂ© Ă  mettre la pression sur certaines plateformes en les « convoquant Â» pour qu’elles retirent des contenus parfaitement lĂ©gaux, en dehors de toute procĂ©dure encadrĂ©e par la loi. Puis, en 2024, lors des rĂ©voltes en Nouvelle-CalĂ©donie-Kanaky, le gouvernement de Gabriel Attal a fait censurer Tiktok en prĂ©textant que se trouvaient sur cette plateforme des contenus illicites. Ceux-ci sont pourtant toujours restĂ©s introuvables, et la vĂ©ritable raison Ă©tait que la jeunesse s’informait et s’organisait (lĂ©galement) dessus.

Les dĂ©fenseur·euses de ce texte ont-ils ou elles seulement demandĂ© leur avis aux jeunes avant de lĂ©gifĂ©rer ? C’est ce qu’ont fait aux États-Unis nos camarades de l’Electronic Frontier Foundation, qui se battent elles et eux aussi contre des États amĂ©ricains qui veulent interdire aux plus jeunes d’accĂ©der aux rĂ©seaux sociaux. En donnant la parole aux plus jeunes, ils et elles ont mis en Ă©vidence le fait que ces plateformes restent, qu’on le veuille ou non, un lieu absolument nĂ©cessaire pour leur Ă©panouissement.

Un danger illĂ©gal pour l’internet dĂ©centralisĂ©

Parce que c’est sur les rĂ©seaux sociaux que reposera la charge d’empĂȘcher les jeunes d’accĂ©der Ă  leurs services, cette loi va transformer encore plus les plateformes en auxiliaires de police. Elle met en cela en danger l’internet dĂ©centralisĂ©, auto-hĂ©bergĂ©, gĂ©rĂ© par des petits collectifs avec peu de moyens. Puisque les rĂ©seaux sociaux alternatifs et non-commerciaux comme les instances Mastodon ou Peertube sont concernĂ©s par cette obligation d’empĂȘcher les jeunes de moins de 15 ans d’accĂ©der Ă  leurs services, ils devront eux aussi s’Ă©quiper de ces lourdes infrastructures de surveillance (se connecter aux services de l’État pour permettre une authentification par identitĂ© numĂ©rique, ou payer un prestataire de vĂ©rification des papiers ou d’estimation d’Ăąge). Au risque de disparaĂźtre tant cela est incompatible avec le modĂšle Ă©conomique, souvent basĂ© sur le don, de ces rĂ©seaux alternatifs.

Pourtant, cette vĂ©rification d’Ăąge obligatoire semble ĂȘtre illĂ©gale. En juin dernier, la Cour de justice de l’Union europĂ©enne (CJUE) a prĂ©cisĂ© comment le droit europĂ©en devait s’interprĂ©ter (on vous renvoie Ă  notre analyse de mai dernier pour plus de dĂ©tails). Saisie par la justice française Ă  propos de la loi SREN, la CJUE a drastiquement limitĂ© les possibilitĂ©s d’actions des États membres. Tout en admettant que la protection des mineur·es en ligne pouvait autoriser des rĂ©gulations nationales, la Cour a rappelĂ© que le droit europĂ©en ne donne que trĂšs peu de marge de manƓuvre dans ce cas. Elle a notamment rappelĂ© que ces mesures ne doivent pas consister en des obligations gĂ©nĂ©rales (c’est-Ă -dire qu’il faut cibler certaines plateformes seulement), et qu’elles doivent ĂȘtre proportionnĂ©es. Autant de critĂšres que ne respecte pas le texte votĂ© en France.

Les oppositions parlementaires ont dĂ©jĂ  annoncĂ© qu’elles saisiraient le Conseil constitutionnel, dernier obstacle Ă  son entrĂ©e en application. Nous espĂ©rons qu’il censurera ce texte, mĂȘme si nous ne nous faisons pas d’illusion face Ă  un Conseil constitutionnel qui s’illustre de plus en plus en alliĂ© de la montĂ©e du fascisme. Si le texte Ă©tait validĂ©, il ne restera que le refus de respecter la loi. Nous invitons les rĂ©seaux sociaux non commerciaux Ă  refuser cette vĂ©rification d’Ăąge. Nous invitons le FĂ©divers Ă  montrer qu’il est une alternative crĂ©dible aux volontĂ©s de contrĂŽle du gouvernement, un modĂšle souhaitable, y compris pour les jeunes, qui n’attend que le soutien de la loi. Alors pour nous aider Ă  lutter pour un internet Ă©mancipateur, vous pouvez faire un don Ă  La Quadrature du Net ! <3

Mise Ă  jour du 17 aoĂ»t 2026 :

Par une dĂ©cision du 14 aoĂ»t 2026, le Conseil constitutionnel a censurĂ© la loi. Il sanctionne la largesse de la notion de rĂ©seau social en estimant qu’interdire aux jeunes l’accĂšs Ă  tout rĂ©seau social, entendu de maniĂšre trĂšs large, porte une atteinte disproportionnĂ©e Ă  la libertĂ© d’expression.

Le Conseil constitutionnel admet Ă©galement qu’interdire l’accĂšs aux jeunes de moins de 15 ans implique de vĂ©rifier l’Ăąge de tout le monde. Or, lĂ  oĂč nous mettions en avant le fait qu’en pratique, cela signifie trĂšs probablement un contrĂŽle d’identitĂ© gĂ©nĂ©ralisĂ©, il relĂšve que comme la loi ne prĂ©cise pas comment cette vĂ©rification d’Ăąge est faite, cela porte une atteinte disproportionnĂ©e au droit Ă  la vie privĂ©e.

Le Conseil constitutionnel ne remet pas en question le principe de la vĂ©rification d’Ăąge sur les rĂ©seaux sociaux. Cela reste dĂ©cevant puisque cela aurait laissĂ© beaucoup moins de marge de manƓuvre au gouvernement pour revenir Ă  la charge, mais ce n’est pas surprenant puisque le Conseil avait dĂ©jĂ  validĂ© la vĂ©rification d’Ăąge pour les sites pornographiques avec la loi SREN en 2024.

Mais il semble avoir des exigences en matiĂšre de protection de la vie privĂ©e et, contrairement Ă  son habitude, le Conseil constitutionnel ne donne pas de mode d’emploi dans sa dĂ©cision pour qu’une prochaine loi soit validĂ©e. Il n’indique pas comment il serait possible de concilier droit Ă  la vie privĂ©e et vĂ©rification d’Ăąge. Il ne donne notamment aucune indication pour dĂ©terminer s’il accepterait le principe d’un contrĂŽle d’identitĂ© gĂ©nĂ©ralisĂ©. La question reste donc entiĂšrement en suspens.

Macron avait fait de cette loi le symbole de son action paternaliste et autoritaire envers la jeunesse et la rĂ©gulation des plateformes. Une politique qui se refuse Ă  traiter la question du modĂšle Ă©conomique des plateformes commerciales. La censure du Conseil constitutionnel est donc une claque pour Macron. Mais n’idolĂątrons pas pour autant le Conseil, qui reste un architecte de la surveillance en France : le mĂȘme jour, il a validĂ© l’extension de la VSA dans la loi Ripost.

Pas content, Macron a dĂ©jĂ  annoncĂ© qu’il demandait au gouvernement de revenir avec une nouvelle loi interdisant les rĂ©seaux sociaux aux jeunes. Une annonce qui ne sera sans doute pas suivie d’effet, tant le calendrier parlementaire français est bouchĂ© d’ici aux Ă©lections prĂ©sidentielles de 2027. Mais c’est par l’Union europĂ©enne que cette mesure pourrait revenir. La Commission europĂ©enne planche toujours sur une loi europĂ©enne pour instaurer une interdiction des rĂ©seaux sociaux aux jeunes.


France Travail déploie un outil de profilage algorithmique à des fins de contrÎle

Mon, 20 Jul 2026 06:00:00 +0000 - (source)

France Travail dĂ©veloppe un algorithme de profilage des chĂŽmeur·euses Ă  des fins de contrĂŽle, comme le prouve un document que nous publions aujourd’hui en partenariat avec la cellule investigation de Radio France. Cet algorithme, encore en phase de test, manifeste la volontĂ© de France Travail de massifier les contrĂŽles via l’utilisation d’outils numĂ©riques. Nous appelons Ă  la mobilisation contre cet algorithme illĂ©gal et Ă  son abandon par la direction de France Travail.

Le 10 dĂ©cembre dernier, un nouvel outil numĂ©rique Ă©tait prĂ©sentĂ© au comitĂ© d’Ă©thique IA de France Travail. IntitulĂ© « Ciblage du ContrĂŽle de la Recherche d’Emploi Â», son objectif est de « recourir Ă  l’IA Â» afin d’« identifier les dossiers nĂ©cessitant un examen approfondi Â» et d’« alimenter automatiquement l’outil de contrĂŽle de la recherche d’emploi Â». Lors de sa prĂ©sentation, cet outil Ă©tait en phase active de test, Ă©tape prĂ©alable Ă  un dĂ©ploiement plus large.

En d’autres termes, l’ancien PĂŽle Emploi cherche Ă  se doter d’un outil similaire Ă  ceux que nous dĂ©nonçons Ă  la CNAF ou Ă  l’Assurance maladie, visant Ă  automatiser la sĂ©lection des personnes devant faire l’objet d’un contrĂŽle.

6 millions de personnes concernées

Cet algorithme vise Ă  « prĂ©dire » quel·les chĂŽmeur·euses manqueraient Ă  leurs obligations de recherche d’emploi. ConcrĂštement, il repose sur la construction de profils « suspects/non suspects » fondĂ©e sur l’analyse de dizaines de milliers de contrĂŽles passĂ©s1L’algorithme a Ă©tĂ© entraĂźnĂ© sur la base de 60 000 contrĂŽles passĂ©s. Techniquement, il se base sur un arbre de dĂ©cision, une technique de machine-learning dont les paramĂštres sont sĂ©lectionnĂ©s par itĂ©rations successives.. Chaque personne inscrite est ensuite assignĂ©e Ă  l’un de ces profils sur la base des donnĂ©es personnelles que dĂ©tient France Travail. Celles et ceux classifié·es comme « suspect·es Â» sont placé·es sur une liste de personnes prioritaires Ă  contrĂŽler.

Si cet algorithme est aujourd’hui testĂ© sur les profils de personnes en situation de rupture conventionnelle2À la date de publication du document, l’algorithme avait fait l’objet de deux campagnes de 7 000 tests environ chacune, portant sur les personnes ayant fait l’objet d’une rupture conventionnelle., France Travail souhaite « Ă©tendre l’utilisation du modĂšle Ă  d’autres publics Â» afin d’« alimenter automatiquement l’outil de contrĂŽle et transmettre chaque mois des listes de contrĂŽle ciblĂ©s Â»3Ciblage du contrĂŽle de la recherche d’emploi, document prĂ©sentĂ© en comitĂ© d’Ă©thique IA du 10 dĂ©cembre 2025, disponible ici. Le document prĂ©cise que l’algorithme vise Ă  alimenter les « listes de contrĂŽles ciblĂ©es Â». Ces contrĂŽles reprĂ©sentent environ 40% de l’ensemble des contrĂŽles, soit 500 000 contrĂŽles en 2025, aux cĂŽtĂ©s des contrĂŽles alĂ©atoires ou des contrĂŽles dĂ©clenchĂ©s sur « signalement Â».. En prenant en compte l’ensemble des personnes au RSA, dont l’inscription Ă  France Travail est obligatoire depuis le 1er janvier 2026, ce sont plus de 6 millions de personnes qui pourraient se voir profiler chaque mois par l’algorithme4Inscrits Ă  France Travail, premier semestre 2026, catĂ©gories A, B, C, D et E, France Travail, disponible ici..

Un ciblage incertain

À ce jour, nous disposons seulement de la liste des 26 variables utilisĂ©es par l’algorithme, mais nous ne connaissons pas les rĂšgles utilisĂ©es dans la construction des profils5La liste exhaustive des variables est disponible dans le document que nous publions.. Nous ne sommes donc pas en mesure de dĂ©terminer, via des simulations, quelles populations sont les plus ciblĂ©es par cet outil. Nous avons fait une demande d’accĂšs au code source de l’algorithme mais, eu Ă©gard Ă  l’opacitĂ© qu’entretient France Travail vis-Ă -vis de ses outils numĂ©riques, il est peu probable qu’elle aboutisse.

Parmi les catĂ©gories de variables retenues, notons notamment celles relatives aux « activitĂ©s dĂ©clarĂ©es Â», Ă  la « visibilitĂ© du demandeur d’emploi Â» (par exemple si le CV est en ligne sur le site de France Travail), Ă  la recherche d’un travail dans un « mĂ©tier en tension Â», au « niveau de formation Â», Ă  « l’anciennetĂ© d’inscription Â», ou encore Ă  « l’historique des manquements Â» (absence Ă  un rendez-vous par exemple). On retrouve Ă©galement la prĂ©sence d’une activitĂ© non salariĂ©e, critĂšre par ailleurs utilisĂ© par la CNAF dans son dernier algorithme de scoring pour dĂ©grader la note des personnes en emploi prĂ©caire.

Mais l’absence de transparence quant aux rĂšgles de classification de l’algorithme ne doit pas masquer l’essentiel. Comme le montrent les exemples de la CNAF et de la CNAM, ces algorithmes sont dangereux en eux-mĂȘmes, car ils sont des outils particuliĂšrement efficaces pour organiser, en toute impunitĂ©, la rĂ©pression de populations entiĂšres, et en particulier des plus vulnĂ©rables.

Déresponsabilisation et répression sociale

En premier lieu car, comme nous l’avions documentĂ© en dĂ©tail dans le cas de la CNAF, l’introduction d’algorithmes dopĂ©s Ă  l’IA ou au « machine learning Â» dĂ©politise la question du contrĂŽle social et des violences associĂ©es. France Travail ne fait pas exception : le document prĂ©sentĂ© Ă  son comitĂ© d’Ă©thique avance, dans un paragraphe intitulĂ© « Pourquoi recourir Ă  l’IA ? Â», que cette derniĂšre permettrait une « suppression des a priori Â» en proposant « des dossiers Ă  contrĂŽler sur la base de critĂšres objectifs Â».

Ce que l’on observe ici c’est la transformation d’un problĂšme politique – le choix des critĂšres de sĂ©lection des personnes Ă  contrĂŽler – en un problĂšme purement technique. Cette dĂ©politisation s’accompagne d’une dĂ©lĂ©gitimation de la critique des politiques de contrĂŽle, puisque ces derniĂšres sont dĂ©sormais censĂ©es ĂȘtre « neutres Â» et « objectives Â». Elle procĂšde Ă©galement d’une dĂ©responsabilisation des dirigeant·es qui n’ont plus Ă  assumer, en leur nom, les politiques qui conduisent au ciblage de certaines catĂ©gories de personnes.

Ajoutons enfin que le profilage algorithmique est utilisĂ© pour invisibiliser le caractĂšre discriminatoire des politiques de contrĂŽle Ă  travers l’individualisation du processus de sĂ©lection. Nul·le n’est contrĂŽlé·e parce qu’il ou elle fait partie de telle ou telle population, mais parce que son « score Â» individuel s’est dĂ©tĂ©riorĂ©.

Opacité et maltraitance

À cela s’ajoute l’opacitĂ© qui entoure le code des algorithmes de profilage. En permettant aux responsables des institutions sociales de taire la rĂ©alitĂ© du tri social organisĂ©, elle complique considĂ©rablement la mise en lumiĂšre de leurs dĂ©rives.

On rappellera ici que, dans le cas de la CNAF, le code source de l’algorithme n’a Ă©tĂ© obtenu qu’aprĂšs une longue bataille juridique et mĂ©diatique, tandis que celui de l’Assurance maladie ne l’a Ă©tĂ© qu’Ă  la faveur d’une erreur de caviardage par l’administration. Pendant des annĂ©es, l’absence de publication des paramĂštres de ces algorithmes a permis Ă  ces institutions d’organiser le sur-contrĂŽle de certaines populations (femmes isolĂ©es, personnes au RSA, personnes en situations de handicap…) sans jamais avoir Ă  rendre de comptes. Pire, les dirigeant·es de ces institutions ont profitĂ© de cette opacitĂ© pour aller jusqu’Ă  se vanter du recours Ă  des outils de « modernisation Â» Ă  la « pointe de la technologie Â».

Ce risque est particuliĂšrement fort concernant France Travail. Car, loin de la communication de sa direction vantant un recours Ă  une IA « éthique » et « transparente »6Voir notamment la « Charte de France Travail pour une Ă©thique de ses usages de l’intelligence artificielle Â», disponible ici., toutes nos demandes d’accĂšs au code des IA utilisĂ©es par France Travail sont, Ă  ce jour, restĂ©es lettres mortes. En violation flagrante de la loi, France Travail a notamment refusĂ© de nous communiquer la moindre information sur des IA aussi sensibles que celles utilisĂ©es pour Ă©changer par SMS afin de proposer des offres d’emplois Ă  des usager·Úres (MatchFt) ou celle que France Travail a gĂ©nĂ©ralisĂ© auprĂšs de ses conseillers afin de les aider dans leurs tĂąches quotidiennes (ChatFt)7Notons que nos demandes ne portaient pas que sur le code source de ces IA, mais aussi sur la documentation technique ou l’analyse d’impact de la protection des donnĂ©es.. Pire, dans ces deux cas, l’institution n’a mĂȘme pas pris la peine de motiver sa dĂ©cision auprĂšs de la Commission d’accĂšs aux documents administratifs (CADA) – l’institution chargĂ©e d’indiquer si ces refus sont lĂ©gaux ou pas – lorsque nous l’avons saisie.

IA générative et massification des contrÎles

Le dĂ©veloppement de ce nouvel outil de profilage s’inscrit dans un contexte plus large de multiplication des outils numĂ©riques de contrĂŽle au sein de France Travail. Rien que l’annĂ©e derniĂšre, nous alertions dĂ©jĂ  sur le dĂ©ploiement de « robots Â» visant Ă  automatiser la dĂ©cision de clore ou non un contrĂŽle. Ces « robots Â» intervenaient lors du contrĂŽle lui-mĂȘme, alors que le nouvel algorithme intervient en amont, lors de la sĂ©lection des personnes Ă  contrĂŽler.

Ce qui se dessine, c’est la volontĂ© d’automatiser l’ensemble de la chaĂźne de contrĂŽle afin de rĂ©pondre aux objectifs gouvernementaux de massification des contrĂŽles, dont le nombre est passĂ© de 200 000 en 2017 Ă  730 000 en 2025. En 2027, l’objectif fixĂ© par le gouvernement est d’en rĂ©aliser 1,5 millions8Pour les chiffres de 2017, voir l’étude de PĂŽle Emploi « Le contrĂŽle de la recherche d’emploi : l’impact sur le parcours des demandeurs d’emploi Â» disponible ici. Pour 2025, voir le document de prĂ©sentation de l’algorithme. L’objectif de 1,5 millions a Ă©tĂ© annoncĂ© par Gabriel Attal en 2024, voir cet article..

Mais c’est du cĂŽtĂ© de l’IA gĂ©nĂ©rative que les risques les plus importants existent aujourd’hui. Alors que France Travail multiplie le dĂ©veloppement d’IA (ChatfT, NeoFt, MatchFT…), on ne peut que s’attendre Ă  ce qu’une IA gĂ©nĂ©rative soit dĂ©ployĂ©e Ă  des fins de contrĂŽle. ConnectĂ©e au dossier de la personne contrĂŽlĂ©e, elle formulerait une « suggestion Â» quant Ă  la dĂ©cision Ă  prendre par le ou la contrĂŽleur·euse. Ce serait une Ă©tape dĂ©cisive vers une automatisation totale du contrĂŽle de la recherche d’emploi et la possibilitĂ© de massifier, Ă  moindre coĂ»t, le contrĂŽle et la surveillance des millions de personnes inscrites Ă  France Travail.

Il est fondamental que France Travail change de politique. Celle qui se dessine, une automatisation toujours plus inhumaine du contrĂŽle, doit ĂȘtre rejetĂ©e. Il est encore plus inquiĂ©tant de voir que les dirigeant·es de France Travail ne veulent pas voir la rĂ©alitĂ© sociale de leur politique de contrĂŽle et prĂ©fĂšrent s’enfermer dans la douce mĂ©lodie du solutionnisme technologique. Alors pour nous aider Ă  continuer la lutte, vous pouvez nous faire un don et retrouvez l’ensemble de nos publications sur l’utilisation par les organismes sociaux d’algorithmes Ă  des fins de contrĂŽle social sur notre page dĂ©diĂ©e.

References[+]


QSPTAG #331 — 10 juillet 2026

Fri, 10 Jul 2026 15:59:08 +0000 - (source)

Bonjour Ă  toutes et Ă  tous !
Cette semaine, on parle de la loi RIPOST qui est en discussion aujourd’hui Ă  l’AssemblĂ© nationale. Parmi toutes les mesures sĂ©curitaires entassĂ©es dans ce grand fourre-tout, attardons-nous sur la lecture automatique des plaques d’immatriculation, qui gĂ©nĂšre une cartographie des dĂ©placements de tous les vĂ©hicules sur le territoire. On revient aussi en vidĂ©o sur les dispositifs de vĂ©rification d’Ăąge sur internet. Et on cherche un·e juriste pour la fin de l’annĂ©e.
Bonne lecture Ă  vous !

Alex, Bastien, Eva, Marne, Mathieu, Myriam, Noémie et Nono

Loi RIPOST : surveillance gĂ©nĂ©ralisĂ©e des dĂ©placements en voiture

Les lecteurs automatiques de plaques d’immatriculation (LAPI) sont partout. MontĂ©s sur des camĂ©ras de vidĂ©osurveillance, installĂ©s Ă  la barriĂšre d’un lieu prĂ©cis (dĂ©charge municipale, autoroute, parking, etc.) ou embarquĂ©s dans des voitures dĂ©diĂ©es aux contraventions de stationnement, ils quadrillent les communes et filment ou photographient les plaques de tous les vĂ©hicules qu’ils rencontrent. Des logiciels d’analyse d’images dĂ©tectent les numĂ©ros d’immatriculations et enregistrent les donnĂ©es agrĂ©gĂ©es : plaque, lieu, date et heure. L’ensemble finit par constituer d’énormes bases de donnĂ©es capables de tracer l’emplacement des vĂ©hicules dans l’espace et dans le temps. Les visages des occupants du vĂ©hicule peuvent aussi ĂȘtre rĂ©cupĂ©rĂ©s.

Depuis une vingtaine d’annĂ©es, les services de police et de gendarmerie ont accĂšs Ă  une partie de ces donnĂ©es, centralisĂ©es depuis 2024, dans le cadre d’une enquĂȘte ou Ă  la volĂ©e, pour identifier un vĂ©hicule recherchĂ©. La loi RIPOST de Laurent Nuñez, dont l’examen devrait se terminer ce vendredi 10 juillet Ă  l’AssemblĂ©e nationale, prĂ©voit d’Ă©tendre encore cet usage policier. Jusqu’alors rĂ©servĂ©e aux enquĂȘtes liĂ©es au terrorisme et au crime organisĂ©, la consultation du fichier central des LAPI, qui contiendrait plus de 60 millions de vĂ©hicules se retrouverait Ă©tendue Ă  des dĂ©lits mineurs et politisĂ©s : l’aide au migrants, par exemple. Par ailleurs, la loi envisage d’Ă©tendre la centralisation des donnĂ©es aux nombreux LAPI municipaux, et la conservation des donnĂ©es jusqu’Ă  un an, rendant ainsi possible la surveillance massive des dĂ©placements sur une annĂ©e entiĂšre.

Pour en savoir plus et prendre la mesure – gigantesque – de la surveillance mise en Ɠuvre, lisez l’article !

Lire l’article du 17 juin : Loi RIPOST, quand Nuñez attaque : les « LAPI Â» ou la surveillance massive des dĂ©placements

RĂ©seaux sociaux et vĂ©rification d’Ăąge : le son et l’image

Comme on vous le racontait en mai, le gouvernement veut empĂȘcher l’accĂšs aux rĂ©seaux sociaux pour les moins de 15 ans, en instaurant une obligation de vĂ©rification d’Ăąge Ă  l’entrĂ©e des sites. Si on a 16 ans ou plus, on pourrait facilement Ă©carter l’idĂ©e et ne pas se sentir concernĂ©. Mais c’est tout le contraire. ConcrĂštement, les plus jeunes seront dĂ©couragĂ©s ou trouveront des parades, et ce sont tous les autres, de 16 Ă  160 ans, qui devront prouver leur Ăąge pour accĂ©der au moindre rĂ©seau social. Autrement dit, l’expression publique sur internet sera soumise Ă  une procĂ©dure lourde de levĂ©e de l’anonymat, sans garantie de confidentialitĂ©, malgrĂ© les promesses du gouvernement.

Le sujet est suffisamment grave pour qu’on ne se contente pas d’un article et qu’on fasse une de nos vidĂ©os « Encore une loi de merde Â». Un format plus facile Ă  faire tourner sur vos rĂ©seaux sociaux, tant que vous pouvez !

Regarder la vidĂ©o : Encore une loi de merde – VĂ©rification d’Ăąge

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Loi RIPOST, quand Nuñez attaque : les « LAPI » ou la surveillance massive des déplacements

Wed, 17 Jun 2026 13:18:14 +0000 - (source)

À un an des prĂ©sidentielles, le ministre de l’intĂ©rieur Laurent Nuñez tente de laisser sa marque pour avoir, lui aussi, sa loi sĂ©curitaire. Le rĂ©sultat est la loi dite « RIPOST Â», sorte de fourre-tout de mesures rĂ©pressives sans aucune cohĂ©rence globale. DĂ©jĂ  examinĂ© au SĂ©nat, ce texte arrive lundi 22 juin Ă  l’AssemblĂ©e nationale et constitue une vitrine pour le ministre qui souhaite montrer force et autoritĂ© face Ă  des comportements de loisirs jugĂ©s « dĂ©viants Â» (free party, rodĂ©o urbain, feux d’artifice…). Cette loi est Ă©galement un Ă©niĂšme accĂ©lĂ©rateur de surveillance. Non seulement elle prolonge et Ă©tend l’utilisation de la vidĂ©osurveillance algorithmique mais elle renforce aussi massivement le dispositif mĂ©connu, mais non moins dangereux, des lecteurs automatiques de plaque d’immatriculation.

Les LAPI, qu’est ce que c’est ?

Les lecteurs automatiques de plaques d’immatriculation, plus frĂ©quemment dĂ©nommĂ©s par l’acronyme « LAPI Â», sont encore peu connus en France. Pourtant, derriĂšre ces quatre lettres se cache un dispositif ancien qui permet d’identifier et de localiser des vĂ©hicules en France Ă  grande Ă©chelle.

ConcrĂštement, les LAPI sont des boĂźtiers contenant des lecteurs optiques et un systĂšme informatique, dont le but est de reconnaĂźtre et de lire les plaques d’immatriculation Ă  la volĂ©e. À partir d’une photo ou d’une analyse vidĂ©o en temps rĂ©el, ces lecteurs peuvent ainsi, selon un appel d’offres de 2018, « dĂ©tecter les vĂ©hicules, isoler les plaques d’immatriculation, reconnaĂźtre les caractĂšres supportĂ©s par ces plaques et les traiter Â» de façon Ă  en faire une donnĂ©e brute, facilement exploitable automatiquement. En d’autres termes, quand une voiture ou tout autre vĂ©hicule immatriculĂ© (moto, scooter, camion…) passe devant un LAPI, il est pris en photo et le numĂ©ro de plaque, la localisation et l’heure atterrissent immĂ©diatement dans une base de donnĂ©es. La photographie du vĂ©hicule et de ses passagers peut Ă©galement ĂȘtre conservĂ©e. Il s’agit donc d’une technique d’identification et de traçage d’un vĂ©hicule et, a fortiori, du ou de la propriĂ©taire qui l’a immatriculĂ© ainsi que potentiellement de ses occupant·es.

Les dispositifs LAPI sont trĂšs nombreux en France, et de diffĂ©rentes natures. Il y a tout d’abord les LAPI des entreprises privĂ©es comme les opĂ©rateurs de parking ou de pĂ©age. En leur permettant de connaĂźtre l’heure de passage d’une voiture, cette technologie sert Ă  facturer un stationnement ou Ă  lever automatiquement la barriĂšre face Ă  une plaque prĂ©alablement enregistrĂ©e. Ensuite, on trouve les LAPI utilisĂ©s par les villes et collectivitĂ©s locales pour verbaliser certaines infractions routiĂšres, vĂ©rifier le stationnement payant, ou encore contrĂŽler les accĂšs Ă  certaines zones et sous certains critĂšres (zones limitĂ©es aux taxis, au covoiturage, aux transports en commun, aux vĂ©hicules Ă  faible Ă©mission de CO2, zones piĂ©tonnes). Enfin, les LAPI peuvent ĂȘtre mis en place au niveau national par l’État Ă  des fins d’enquĂȘte et de surveillance policiĂšre.

Alors que ces dispositifs existent depuis une vingtaine d’annĂ©es, la loi RIPOST renforce de façon vertigineuse leur utilisation policiĂšres, en recyclant dans son article 15 une proposition de loi dĂ©posĂ©e il y a quelques mois par le sĂ©nateur Pierre-Jean Rochette. DĂ©jĂ  accĂ©lĂ©rĂ©e par une rĂ©forme de 2024, cette surveillance des dĂ©placements routiers est sur le point de devenir totalement dĂ©bridĂ©e.

Une surveillance sur tout le territoire

Formellement introduite par la loi du 18 mars 2003 pour la sĂ©curitĂ© intĂ©rieure, l’utilisation des LAPI par la police a dĂ©butĂ© par une expĂ©rimentation de deux ans en 2007, avant d’ĂȘtre pĂ©rennisĂ©e par un arrĂȘtĂ© en 2009. Depuis 2012, leur cadre juridique est codifiĂ© dans le code de la sĂ©curitĂ© intĂ©rieure.

ConcrĂštement, ce rĂ©gime juridique prĂ©voit que les LAPI fixes ou mobiles peuvent ĂȘtre mis en Ɠuvre par la police nationale, la gendarmerie et les douanes « en tous points appropriĂ©s du territoire et en particulier dans les zones frontaliĂšres […] ainsi que sur les grands axes de transit national ou international Â». Il n’existe pas de liste publique de l’emplacement des presque 700 capteurs LAPI1Dans le rapport de la commission des lois du SĂ©nat, on peut lire qu’au « 28 aoĂ»t 2025, les services des trois administrations – police et gendarmerie nationales, douanes – exploitent 480 LAPI fixes Â» et que et que « les services des douanes bĂ©nĂ©ficient de leur propre parc de dispositifs LAPI implantĂ©s sur les axes routiers, au nombre de 175 – chacun comprenant trois ou quatre capteurs – en 2025, avec un objectif de 200 dispositifs pour fin 2027 Â». Il est Ă©galement mentionnĂ© l’existence de « 98 LAPI mobiles et 23 LAPI transportables Â». qui ont Ă©tĂ© installĂ©s par ces services Ă©tatiques, mais on peut en retrouver sur des cartes collaboratives comme OpenStreetMap ou les visualiser sur la carte du projet Deflock. Ces dispositifs peuvent Ă©galement ĂȘtre installĂ©s dans les gyrophares de voitures de police afin de scanner les voitures sur la voie publique. On peut donc croiser en un trajet de nombreux capteurs LAPI, publics ou privĂ©s, sans s’en rendre compte.

Les dispositifs LAPI sont capables de prendre en photo aussi bien les plaques d’immatriculation que les vĂ©hicules en entier, avec leurs Ă©ventuel·les occupant·es. La police, la gendarmerie et les douanes peuvent mettre en oeuvre et utiliser les LAPI uniquement dans le cadre de la recherche et de la prĂ©vention de certaines infractions. Mais rien qu’avec cela, la liste est dĂ©jĂ  longue : l’article L. 233-1 du code de la sĂ©curitĂ© intĂ©rieure vise aussi bien le rĂ©gime du terrorisme et de la criminalitĂ© organisĂ©e (qui, rappelons-le, peut aussi ĂȘtre utilisĂ© pour poursuivre des militant·es politiques) que d’autres infractions telles que le vol de vĂ©hicule ou la contrebande.

En pratique, les LAPI sont utilisĂ©s de deux maniĂšres par la police. D’une part, chaque voiture qui passe devant un capteur LAPI installĂ© par la police, la gendarmerie nationale ou les douanes voit sa plaque comparĂ©e en temps rĂ©el Ă  deux fichiers. Il s’agit du FOVeS (fichier des objets et vĂ©hicules volĂ©s et signalĂ©s) et du fichier N-SIS (systĂšme d’information Schengen) qui centralise les informations concernant les personnes et objets signalĂ©s par les autoritĂ©s administratives et judiciaires des États membres2En France, le fichier N-SIS est notamment alimentĂ© par le fichier des personnes recherchĂ©es, qui contient entre autres les cĂ©lĂšbres « fiches S Â». Un certain nombre de personnes (et leurs vĂ©hicules) peuvent donc atterrir dans ce fichier, notamment au nom de la « prĂ©vention d’une menace grave Ă©manant de l’intĂ©ressĂ© ou d’autres menaces graves pour la sĂ»retĂ© intĂ©rieure et extĂ©rieure de l’État Â». L’AnafĂ© rappelle dans sa boite Ă  fichier qu’« il y a un glissement du passage du fichier SIS comme fichier d’identification Ă  un fichier d’enquĂȘte policiĂšre».. S’il y a une correspondance, alors une alerte est envoyĂ©e immĂ©diatement Ă  la police et les donnĂ©es sont conservĂ©es pendant un mois supplĂ©mentaire. S’il n’y a aucune correspondance, alors la plaque est tout de mĂȘme conservĂ©e pendant 15 jours, contre 8 avant 2024. Pendant ce laps de temps, le systĂšme va continuer d’interroger les fichiers frĂ©quemment au cas oĂč le vĂ©hicule ou son·sa propriĂ©taire y seraient inscrits aprĂšs coup.

D’autre part, pendant cette pĂ©riode de 15 jours, les agents de police judiciaire peuvent demander Ă  avoir accĂšs aux donnĂ©es LAPI dans le cadre d’une enquĂȘte. Cela leur permet de connaĂźtre quelles voitures sont passĂ©es Ă  un endroit en particulier ou bien, s’ils recherchent un vĂ©hicule spĂ©cifique ou les personnes qui sont dedans, de connaĂźtre toutes les fois oĂč la plaque de cette voiture a Ă©tĂ© captĂ©e par un LAPI et donc de reconstituer son trajet.

Au-delĂ  des capteurs nationaux rĂ©servĂ©s au domaine judiciaire, la police peut Ă©galement exiger d’avoir accĂšs aux donnĂ©es des LAPI utilisĂ©s par les municipalitĂ©s (pour contrĂŽler le stationnement) ou bien ceux des parkings et opĂ©rateurs privĂ©s d’autoroute. Cela semble ĂȘtre une pratique courante. Par exemple, dans l’enquĂȘte sur l’affaire dite « Lafarge Bouc-Bel-Air Â» visant Ă  retrouver des militant·es s’Ă©tant introduit·es dans une usine du cimentier, des photographies de voitures prises au franchissement de pĂ©ages ont ainsi fait l’objet de rĂ©quisitions par les enquĂȘteurs et utilisĂ©es pour identifier des personnes.

Aussi, l’emploi de dispositifs LAPI est possible, Ă  titre temporaire, pour « la prĂ©servation de l’ordre public, Ă  l’occasion d’Ă©vĂ©nements particuliers ou de grands rassemblements de personnes, par dĂ©cision de l’autoritĂ© administrative Â». En thĂ©orie, le prĂ©fet peut donc autoriser la police Ă  dĂ©ployer des capteurs mobiles Ă  l’entrĂ©e d’un Ă©vĂšnement pour lire les plaques d’immatriculation des vĂ©hicules qui arrivent et sortent d’une zone donnĂ©e. Si ce dispositif existe depuis 2003, nous n’avons pas trouvĂ© d’arrĂȘtĂ©, de documentation ou de rapport explicitant le recours Ă  ce dispositif et ses usages concrets. L’Ă©tude d’impact du projet de loi RIPOST indique uniquement un usage lors de la TroisiĂšme ConfĂ©rence des Nations unies sur l’OcĂ©an en juin 2025 tandis que lors des dĂ©bats en commission, les sĂ©nateurs ont mentionnĂ© l’utilisation de ces LAPI temporaires pour les sommets du G8 ou des matchs de la Coupe du monde.

En 2016, une rĂ©forme de la justice a autorisĂ© la consultation de trois autres fichiers via ce traitement de donnĂ©es : le systĂšme d’immatriculation des vĂ©hicules qui permet d’associer le numĂ©ro de plaque avec l’identitĂ© civile du propriĂ©taire ; le systĂšme de contrĂŽle automatisĂ© (SCA) qui collecte les informations liĂ©es aux infractions routiĂšres et aux amendes forfaitaires dĂ©lictuelles ; ainsi que les traitements de donnĂ©es relatives Ă  l’assurance des vĂ©hicules. Aussi, de nombreuses informations peuvent y ĂȘtre collectĂ©es comme la marque, le modĂšle ou la couleur des vĂ©hicules signalĂ©s.

La centralisation, « game changer Â»

En 2024, l’échelle de cette surveillance a basculĂ© sans que cela ne provoque de vrai dĂ©bat public. Le cadre lĂ©gal dĂ©crit ci-dessus est restĂ© quasiment le mĂȘme, mais sa mise en Ɠuvre pratique a Ă©tĂ© fortement modifiĂ©e. Cette annĂ©e-lĂ , le projet du SystĂšme de traitement central LAPI (ou STCL), en construction depuis dix ans, a vu le jour. Comme son nom l’indique, ce dispositif rĂ©cupĂšre et centralise l’ensemble des informations rĂ©cupĂ©rĂ©es par les capteurs LAPI de l’État afin de les rendre accessibles depuis un mĂȘme endroit. Cela permet aux policiers et gendarmes de consulter – en temps rĂ©el et sur une plateforme unique – l’ensemble des LAPI du territoire national. En somme, depuis un poste informatique, les autoritĂ©s peuvent savoir oĂč et quand tel vĂ©hicule est passĂ©, dĂšs lors qu’il aura Ă©tĂ© flashĂ© par des LAPI.

Vu comme un vĂ©ritable « game changer Â» par la gendarmerie nationale, selon ses propres mots, le STCL est effectivement un tournant de facilitation de la surveillance. Puisque jusque-lĂ  chaque traitement Ă©tait autonome et isolĂ©, la police devait faire ses rĂ©quisitions sur un capteur prĂ©cis, prĂ©alablement identifiĂ©, pour rĂ©cupĂ©rer les donnĂ©es. Cela permettait de limiter l’accĂšs aux informations de dĂ©placements de la population. Depuis la mise en place du STCL, l’ensemble des plaques sont accessibles en quelques clics dans le cadre de la recherche et prĂ©vention des nombreuses infractions listĂ©es plus haut.

La CNIL s’en est inquiĂ©tĂ©e, mais sans grande tĂ©nacitĂ©. Dans sa dĂ©libĂ©ration de 2024 sur le STCL, elle alertait sur le fait que « l’ampleur du traitement projetĂ© Â», « le nombre important de vĂ©hicules pouvant ĂȘtre concernĂ©s et [l’ampleur] du territoire couvert par l’ensemble des dispositifs LAPI » et la « centralisation des donnĂ©es Â» impliquaient qu’une « vigilance particuliĂšre [devait] ĂȘtre apportĂ©e sur tous les aspects de la mise en Ɠuvre d’un tel dispositif. Â»

Pire encore, le mĂ©ga fichier du STCL ne contient non pas uniquement les plaques d’immatriculation faisant l’objet d’une alerte, mais la totalitĂ© des photos des plaques des vĂ©hicules qui passent devant un LAPI, ainsi que la photo Ă©ventuelle de leurs occupants. Les chiffres du ministĂšre de l’intĂ©rieur permettent de connaĂźtre l’ampleur de la surveillance. Celui-ci explique qu’« Ă  chaque instant, la base de donnĂ©es [d’un capteur en activitĂ©, conservant chaque plaque pendant 15 jours] contient en moyenne les enregistrements temporaires relatifs Ă  90 000 vĂ©hicules Â». En multipliant ce chiffre par le nombre de capteurs de l’État – environ 700 d’aprĂšs le rapport du SĂ©nat – cela signifie donc que le STCL contient dĂ©jĂ  plus de 60 millions de photos de plaques d’immatriculation Ă  chaque instant (avec des doublons de vĂ©hicules qui peuvent avoir Ă©tĂ© flashĂ©s par diffĂ©rents capteurs). De quoi pouvoir retracer les dĂ©placements de centaines de milliers de personnes et positionner gĂ©ographiquement des millions de vĂ©hicules Ă  un moment donnĂ©.

Ouverture des vannes

Si la loi RIPOST est adoptĂ©e, cette situation serait encore aggravĂ©e. Tout d’abord, l’article 15 de ce texte prĂ©voit d’ajouter de nouvelles infractions au pĂ©rimĂštre permettant Ă  la police, Ă  la gendarmerie et aux douanes d’accĂ©der aux donnĂ©es des LAPI. Parmi cette extension, on retrouve l’évasion, l’escroquerie, mais surtout l’aide Ă  l’entrĂ©e et au sĂ©jour irrĂ©guliers, ce qui peut directement viser les militant·es aidant les personnes exilĂ©es aux frontiĂšres et justifier des usages extensifs des LAPI dans les zones de passages. La CNIL regrette certes que ce dispositif originellement rĂ©servĂ© Ă  une certaine catĂ©gorie de crimes et dĂ©lits (terrorisme et criminalitĂ© organisĂ©e) « tend Ă  se gĂ©nĂ©raliser Â». Cependant, cette manƓuvre grossiĂšre consistant Ă  introduire une technique de surveillance pour un pĂ©rimĂštre prĂ©tendument ciblĂ© et acceptable puis, petit pas aprĂšs petit pas, Ă  l’Ă©largir, est devenue la norme et ne surprend plus.

Ensuite, la loi RIPOST propose d’allonger de façon faramineuse la durĂ©e de conservation de l’ensemble des donnĂ©es captĂ©es par les LAPI. La loi ferait ainsi passer le dĂ©lai pendant lequel la totalitĂ© des plaques sont conservĂ©es par dĂ©faut, qu’il y ait ou non une correspondance, de 15 jours Ă … un an. Le gouvernement justifie cela par la volontĂ© de s’aligner sur les lĂ©gislations de nos voisins europĂ©ens, notamment la Belgique. La CNIL, elle, met en garde dans sa dĂ©libĂ©ration prĂ©alable au projet de loi, en rappelant que dĂ©sormais les donnĂ©es sont centralisĂ©es dans le STCL, ce qui donne Ă  cet allongement une proportion colossale. Ainsi, elle constate que « l’allongement significatif des durĂ©es de conservation […] conduirait Ă  conserver environ 700 millions de plaques d’immatriculation Â». Il existerait donc une base de donnĂ©es unique, regroupant la liste de la quasi-totalitĂ© des vĂ©hicules roulant en France, associĂ©s Ă  leurs nombreux points de passages, gĂ©olocalisĂ©s et horodatĂ©s, sans oublier la potentielle photographie de leurs occupant·es. Il s’agit donc pour l’État de pouvoir remonter jusqu’Ă  un an en arriĂšre dans l’historique des dĂ©placements de ces vĂ©hicules et de toutes les personnes empruntant les routes de France.

L’article 15 de la loi RIPOST introduit Ă©galement une nouvelle finalitĂ© permettant Ă  la police de consulter encore plus facilement les informations liĂ©es aux trajets des vĂ©hicules sur les routes. Cet accĂšs ne serait plus rĂ©servĂ© aux correspondances avec des fichiers ou Ă  une enquĂȘte judiciaire. DĂ©sormais des agents de police et de gendarmerie pourraient y avoir accĂšs aussi « aux fins de prĂ©venir et de rĂ©primer les actes de terrorisme et de faciliter la constatation des infractions s’y rattachant Â», le tout pendant un mois aprĂšs l’enregistrement de la plaque. Cette nouvelle disposition ouvre donc l’accĂšs au STCL Ă  des fins administratives sans avoir Ă  justifier d’une enquĂȘte spĂ©cifique, c’est-Ă -dire sans aucun contrĂŽle d’un juge, ni mĂȘme du ministĂšre public, ni aucun procĂšs verbal Ă  verser dans un dossier judiciaire. Non seulement cet objectif est trĂšs large, mais dĂšs lors qu’aucune justification n’est demandĂ©e aux agents, tout laisse Ă  penser qu’il s’agit d’un accĂšs open bar aux donnĂ©es des LAPI.

Enfin, lors du passage au SĂ©nat, les parlementaires et le gouvernement ont introduit une nouvelle technique de surveillance Ă  l’article 15bis. Cette fois-ci il s’agit d’ouvrir un accĂšs aux services de renseignement sur ces informations liĂ©es aux LAPI et aux dĂ©placements des personnes. En dehors de toute enquĂȘte pĂ©nale, et sans avis de la Commission nationale de contrĂŽle des techniques de renseignement (CNCTR), ceux-ci pourraient conserver pendant 4 mois les donnĂ©es des LAPI afin de pouvoir les analyser de maniĂšre automatisĂ©e, c’est-Ă -dire au moyen d’un algorithme.

Ce logiciel aurait pour but de dĂ©tecter « les mouvements de vĂ©hicules susceptibles de rĂ©vĂ©ler Â» certaines infractions de criminalitĂ© organisĂ© ou vol de vĂ©hicules. En d’autres termes, il s’agit d’une volontĂ© similaire aux boĂźtes noires de renseignement et Ă  la vidĂ©osurveillance algorithmique, prĂ©tendument capable de trouver les comportements « suspects Â». Avec la loi RIPOST, il s’agirait dĂ©sormais de trouver les « mouvements de vĂ©hicules suspects Â».

Le gouvernement continue de surfer sur le mythe de l’IA magique et inoffensive. Pourtant cette nouvelle « boĂźte noire Â» de surveillance routiĂšre ne sera pas mieux documentĂ©e que celle des prĂ©cĂ©dents projets d’analyse de comportements ou de communications. Si le fonctionnement concret de ce nouveau type de surveillance semble donc trĂšs obscur, il sera difficile d’en savoir plus dĂšs lors qu’il est prĂ©vu que le dĂ©cret d’application ne soit pas publiĂ© et reste donc secret. De plus, comme pour les autres projets de surveillance, les quelques garanties affichĂ©es, comme le caractĂšre expĂ©rimental ou l’Ă©laboration d’un rapport d’Ă©valuation ne servent qu’Ă  rendre acceptable sur le papier une technique qui prĂ©sente des risques vertigineux pour le contrĂŽle de la population et favorise les utilisations abusives et rĂ©pressives.

Mettre les municipalités à contribution

Si l’État veut intensifier cette surveillance, il lui faut Ă©galement dĂ©multiplier les capteurs LAPI : avec plus de donnĂ©es, il est possible de localiser plus de vĂ©hicules et de tracer plus finement les trajets. Le projet de loi RIPOST vise donc Ă  mettre les villes Ă  contribution, ce qui est aujourd’hui difficile Ă  la fois d’un point de vue juridique et financier.

En effet, depuis plusieurs annĂ©es, la CNIL et le Conseil d’État rappellent que les communes n’ont pas le droit d’utiliser les LAPI des camĂ©ras de la ville (prĂ©vus pour sanctionner les dĂ©lits de stationnement par exemple) Ă  des fins de recherche et de constatation d’infraction, prĂ©rogative rĂ©servĂ©e Ă  la police et la gendarmerie nationale. Leur seule maniĂšre de collaborer est de mettre gracieusement des capteurs Ă  disposition, sans y avoir accĂšs. Or ces installations coĂ»tent cher, de 15 000€ Ă  30 000€ par camĂ©ra de surveillance, selon les technologies utilisĂ©es, d’aprĂšs le rapport de la commission des lois sur la proposition de loi de M. Rochette, et les contraintes budgĂ©taires des communes, de plus en plus grandes, ne les incitent pas Ă  faire « cadeau Â» Ă  l’État de capteurs qu’elles ne pourront pas utiliser elles-mĂȘmes.

Les deux sĂ©natrices rapporteures du texte ont donc introduit la possibilitĂ© pour les communes de conclure des conventions avec l’État afin qu’elles mettent Ă  disposition de la police les donnĂ©es collectĂ©es via les systĂšmes LAPI installĂ©s sur les camĂ©ras de la ville. Repris tel quel depuis la proposition de loi sĂ©natoriale de 2025, ce mĂ©canisme permet de contourner l’interdiction juridique. Ces conventions permettront Ă©galement Ă  l’État d’indiquer Ă  quel endroit les capteurs LAPI devraient ĂȘtre installĂ©s dans les villes tout en prĂ©voyant des « modalitĂ©s de financement Â». Du donnant-donnant. Le rapport sur la proposition de loi explique que la police, la gendarmerie et les douanes « sont davantage intĂ©ressĂ©es par la mise en Ɠuvre d’un maillage fin, au cas par cas, liĂ© aux besoins rĂ©els sur le terrain Â» que par le fait d’obliger toutes les communes Ă  installer des LAPI, comme cela avait initialement Ă©tĂ© envisagĂ©. Autrement dit, les villes sont dĂ©jĂ  suffisamment surveillĂ©es par des camĂ©ras et les autoritĂ©s prĂ©fĂšrent faire des commandes sur-mesure des points de passage stratĂ©giques.

Ce mĂȘme type de convention serait Ă©galement autorisĂ© avec les concessionnaires d’autoroutes et exploitants de parkings. Au final, il s’agit donc d’Ă©tendre encore plus la masse de donnĂ©es accessibles qui, rappelons-le, Ă©tait dĂ©jĂ  consĂ©quente et deviendrait tentaculaire.

Une surveillance de masse des déplacements

Jamais vraiment traitĂ©e dans le dĂ©bat public en France, la centralisation des donnĂ©es LAPI est en rĂ©alitĂ© un dispositif de surveillance de masse – au sens littĂ©ral du terme. En effet, son pĂ©rimĂštre (toutes les personnes qui dĂ©tiennent ou utilisent un vĂ©hicule immatriculĂ©) et le volume de donnĂ©es collectĂ©es (plusieurs millions par an) empĂȘchent de qualifier cette surveillance de « ciblĂ©e Â» ou « limitĂ©e Â». L’ensemble de la population est touchĂ©, d’autant que les capteurs semblent installĂ©s sur des voies trĂšs utilisĂ©es, voire incontournables dans certains territoires (abord de ponts, axes principaux…).

De plus en plus facile d’accĂšs, cette base de donnĂ©e peut rĂ©vĂ©ler les emplacements et dĂ©placements des personnes Ă  grande Ă©chelle, ĂȘtre utilisĂ©e pour du suivi en temps rĂ©el ou pour conserver en mĂ©moire des passages de vĂ©hicules pendant une annĂ©e. Bien que rĂ©servĂ© aux trajets routiers, ce pouvoir doit ĂȘtre empĂȘchĂ© ou bien drastiquement rĂ©duit. La crĂ©ation du fichier centralisĂ© (STCL) en 2024 Ă©tait dĂ©jĂ  prĂ©occupante pour les libertĂ©s. La situation qui rĂ©sulterait de l’adoption de la loi RIPOST est extrĂȘmement dangereuse dans un contexte de dĂ©rives autoritaires marquĂ©es.

Les États-Unis, un exemple à ne pas suivre

Ces risques ne sont pas hypothĂ©tiques, la presse indĂ©pendante et les associations de dĂ©fense des libertĂ©s Ă©tasuniennes documentent ces derniĂšres annĂ©es les abus graves des systĂšmes LAPI, semaine aprĂšs semaine. Aux États-Unis, ces dispositifs sont notamment mis en place par l’entreprise « Flock Safety Â» qui dĂ©ploie une majoritĂ© des camĂ©ras LAPI (en anglais ALPR pour Automated Licence Plate Reader) et dispose de partenariats avec les forces de l’ordre.

De nombreux abus sont d’ores et dĂ©jĂ  documentĂ©s aux États-Unis. La police classique les utilise Ă  des fins racistes de contrĂŽle des population de voyageur·euses quand les agents de la milice ICE s’en servent pour traquer les personnes Ă©trangĂšres. Les manifestations politiques comme les marches « No Kings Â» s’opposant Ă  la politique de Trump sont surveillĂ©es. Les États anti-IVG les exploitent pour retrouver les personnes ayant avortĂ©. Les faux positifs aboutissent Ă  des interpellations illĂ©gitimes. Des policiers dĂ©tournent les LAPI Ă  des fins personnelles. Sans compter les problĂšmes de sĂ©curitĂ© informatique et de transparence qu’impliquent cette technologie.

De nombreuses voix se sont Ă©levĂ©es contre cet outil de surveillance, notamment au travers des campagnes Deflock et NoALPR mais aussi par la destruction de matĂ©riel, des recours juridiques ou encore des villes qui ne veulent pas continuer leurs contrats avec cette entreprise. PlutĂŽt que de permettre maintenant ces usages et ces abus pour ensuite devoir lutter pour les empĂȘcher, il faut au contraire tout faire pour que cet outil de contrĂŽle ne soit pas renforcĂ©.

Alors que les lecteurs automatiques de plaques d’immatriculation se sont dĂ©ployĂ©s Ă  bas bruit et que leur exploitation s’est centralisĂ©e, la loi RIPOST appuie sur l’accĂ©lĂ©rateur. PrĂ©sentĂ©s Ă  l’origine comme un dispositif ciblĂ©, les LAPI ont dĂ©sormais changĂ© d’Ă©chelle. La simplicitĂ© de dĂ©tection et d’exploitation des plaques d’immatriculation, couplĂ©e aujourd’hui Ă  une centralisation et, demain, Ă  une analyse algorithmique, dĂ©cuple les possibilitĂ©s de contrĂŽle Ă©tatique. Cette surveillance massive porte atteinte Ă  la libertĂ© d’aller et venir et favorise les utilisations arbitraires. La Quadrature du Net appelle donc Ă  la suppression des articles 15 et 15 bis du projet de loi RIPOST, et Ă  ce que la lumiĂšre soit mise sur ce systĂšme de surveillance de masse des dĂ©placements.

 


Pour aider la Quadrature Ă  continuer sa lutte contre la surveillance de masse permise par des systĂšmes comme les LAPI, n’hĂ©sitez pas Ă  nous soutenir financiĂšrement par un don !

Aussi, nous invitons plus gĂ©nĂ©ralement toutes les personnes qui souhaitent lutter contre le dĂ©ploiement de ces outils Ă  se mobiliser. À l’image de la campagne Deflock aux États-Unis, de nombreuses pistes d’actions peuvent ĂȘtre envisagĂ©es :

References[+]


QSPTAG #330 — 29 mai 2026

Fri, 29 May 2026 15:09:21 +0000 - (source)

Bonjour Ă  toutes et Ă  tous !
Cette semaine on analyse les enjeux cachĂ©s de la vĂ©rification d’Ăąge envisagĂ©e pour les mineur·es sur le web, et on s’intĂ©resse Ă  la Ă©niĂšme loi sĂ©curitaire qui veut, entres autres, Ă©largir l’exploitation policiĂšre des fichiers d’empreintes gĂ©nĂ©tiques de la population.
Bonne lecture Ă  vous !

Alaïs, Alex, Bastien, Eva, Marne, Mathieu, Myriam, Noémie et Nono

Fichage génétique, la grande moisson policiÚre

L’engouement pour le fichage gĂ©nĂ©tique de la population a un point commun avec la vidĂ©osurveillance algorithmique : les fictions policiĂšres, Ă  la tĂ©lĂ© et au cinĂ©ma, travaillent assidĂ»ment Ă  la banalisation et Ă  l’acceptation sociale de ces techniques de surveillance massives, intrusives et individualisĂ©es.
Le succĂšs des « true crimes Â» accentue le phĂ©nomĂšne : tout le monde a dĂ©jĂ  entendu parler d’une enquĂȘte ou d’un « cold case Â» enfin rĂ©solus grĂące Ă  l’ADN, mĂȘme des annĂ©es ou des dĂ©cennies plus tard. Des techniques rĂ©centes, mais encore illĂ©gales, permettent par exemple de retrouver, par la « gĂ©nĂ©alogie gĂ©nĂ©tique Â», des personnes appartenant Ă  la famille proche d’un ADN trouvĂ© sur une scĂšne de crime.

TravaillĂ© par cet imaginaire d’efficacitĂ©, le bon sens populaire (ou l’inconscient collectif ?) ne voit pas de raison de s’opposer au fichage gĂ©nĂ©tique, s’il permet de trouver plus vite l’auteur d’un crime. « Quand on n’a rien Ă  se reprocher… Â». Mais la question est toujours prĂ©sentĂ©e en lien avec le crime. Tandis que si on pose la question socialement, politiquement, en termes de respect des droits et des libertĂ©s, l’idĂ©e de voir son identitĂ© gĂ©nĂ©tique fichĂ©e par la police d’un État prend une autre couleur. Cet aspect est en gĂ©nĂ©ral Ă©vacuĂ© du dĂ©bat avec lĂ©gĂšretĂ©, quand ce n’est pas avec un peu de mĂ©pris pour les « bien pensants Â», par la lecture uniquement policiĂšre des enjeux. Un dĂ©bat dĂ©mocratique rĂ©el devrait au contraire tenir les deux bouts de la rĂ©flexion.

Le dĂ©bat n’a pas lieu, alors que la question est d’une actualitĂ© pressante. La loi SURE (pour « Sanction Utile, Rapide et Effective Â»), actuellement discutĂ©e par le Parlement, prĂ©voit dans son article 3 de donner Ă  la police un accĂšs Ă©largi Ă  des fichiers gĂ©nĂ©tiques de plus en plus gros. Le « fichier national automatisĂ© des empreintes gĂ©nĂ©tiques Â» (FNAEG) avait Ă©tĂ© créé en 1998 pour enregistrer les personnes condamnĂ©es pour des crimes sexuels. Mais le fichier n’a cessĂ© de s’Ă©largir, et contient aujourd’hui des millions d’empreintes gĂ©nĂ©tiques de personnes seulement placĂ©es en garde-Ă -vue pour toutes sortes d’infractions, sans mĂȘme avoir Ă©tĂ© condamnĂ©es ensuite. Un fichage gĂ©nĂ©tique d’ampleur nationale.

DeuxiĂšme champ sur lequel la police lorgne avec insistance : les Ă©normes bases de donnĂ©es gĂ©nĂ©tiques privĂ©es constituĂ©es Ă  partir des tests ADN « ludiques Â» que font les gens pour connaĂźtre leurs « origines Â». Ces tests sont illĂ©gaux en France mais de nombreuses sociĂ©tĂ©s Ă©tats-uniennes en vendent. Elles dĂ©tiennent des donnĂ©es sur plusieurs millions de Français·es. Confirmation supplĂ©mentaire du triste thĂ©orĂšme auquel il faudrait trouver un nom : toutes les donnĂ©es que nous produisons seront un jour utilisĂ©es par l’IA ou par la police. Pour en savoir plus sur les enjeux de la loi SURE, lisez notre article !

Lire l’article du 20 mai : Projet de loi SURE : main basse sur les donnĂ©es gĂ©nĂ©tiques par la police

Internaute, vos papiers !

De nombreux pays en Europe et ailleurs cherchent Ă  limiter l’exposition des mineur·es Ă  des contenus choquants, au harcĂšlement sur les rĂ©seaux sociaux, ou Ă  l’addiction aux Ă©crans. Les mesures de vĂ©rification d’Ăąge, avant de tĂ©lĂ©charger une application de rĂ©seau social ou de se connecter Ă  un site pornographique, sont donc envisagĂ©es ou mises en place dans de nombreux États. En France, on parle de confier la vĂ©rification de l’Ăąge des internautes Ă  des « tiers de confiance Â» — un intermĂ©diaire technique qui vĂ©rifie l’Ăąge de l’internaute et envoie un jeton d’accĂšs au site voulu â€” en appelant ça le « double anonymat Â». C’est lĂ  qu’est l’entourloupe : il s’agit au contraire de lever l’anonymat de l’internaute, et de s’en remettre avec confiance Ă  un intermĂ©diaire supplĂ©mentaire. Et bien entendu, si le dispositif vise Ă  filtrer les mineur·es, cela veut dire que tout le monde devra se soumettre Ă  la vĂ©rification d’Ăąge pour se connecter Ă  un rĂ©seau social…

Un tel systĂšme obligerait les internautes Ă  arbitrer sans arrĂȘt entre leur vie privĂ©e et leur libertĂ© d’expression, deux droits fondamentaux qui ne devraient pas entrer en contradiction. Il pose aussi de nombreux problĂšmes juridiques, en regard du droit europĂ©en. Enfin, imaginĂ© en rĂ©action Ă  la toxicitĂ© des grands rĂ©seaux sociaux commerciaux, il risque de nuire aux rĂ©seaux libres et fĂ©dĂ©rĂ©s promus par La Quadrature et tous les dĂ©fenseurs d’un Web libre et Ă©mancipateur.

Lire l’article du 21 mai : DerriĂšre la vĂ©rification d’ñge sur les rĂ©seaux sociaux, la gĂ©nĂ©ralisation du contrĂŽle d’identitĂ© en ligne

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La Quadrature dans les médias

VSA et loi RIPOST

  • « Ă‡a fait gagner du temps Â» : le SĂ©nat français prolonge la vidĂ©osurveillance par IA malgrĂ© les accusations de surveillance de masse [Le Temps]
  • « Cet outil peut discriminer » : pourquoi l’utilisation de l’IA dans la vidĂ©osurveillance interroge encore [RMC]
  • VidĂ©osurveillance « intelligente Â» : bientĂŽt une loi taillĂ©e sur mesure pour les intĂ©rĂȘts privĂ©s ? [Observatoire des multinationales]
  • VidĂ©osurveillance par IA : la France prend exemple sur la Chine [Politique Matin]
  • La vidĂ©osurveillance par IA prolongĂ©e par le SĂ©nat [Economie Matin]
  • SĂ©curitĂ© intĂ©rieure : la vidĂ©osurveillance par IA deviendra-t-elle la norme ? [ArmĂ©es.com]

  • QSPTAG #329 — 22 mai 2026

    Fri, 22 May 2026 15:26:13 +0000 - (source)

    Bonjour Ă  toutes et Ă  tous !
    Cette semaine, on revient sur quelques actualitĂ©s de ces deux derniers mois : un projet de loi « Fraude Â» qui veut donner aux services sociaux un accĂšs Ă©largi Ă  de nombreux fichiers de donnĂ©es personnelles, le procĂšs en appel de « l’affaire du 8 dĂ©cembre Â» oĂč le chiffrement des communications Ă©tait un Ă©lĂ©ment incriminant, et ensuite, plaisir de gourmet, la fin de la Hadopi, privĂ©e par le Conseil d’État de ses moyens de sanctions. Au moins, cette semaine, il y a une bonne nouvelle ! Et on termine avec une offre d’emploi pour venir travailler avec nous. Bonne lecture Ă  vous !

    Alaïs, Alex, Bastien, Eva, Marne, Mathieu, Myriam, Noémie et Nono

    Lire sur le site

    Hadopiiii, c’est finiiiii (et dire que c’Ă©tait ma premiĂšre lettre d’avertissement)

    La Quadrature du Net s’est créée en 2008 pour contrer la « loi Hadopi Â», qui voulait transformer les internautes tĂ©lĂ©chargeurs en dĂ©linquants, en affreux pirates qui prospĂ©raient dans cette « zone de non droit Â» qu’Ă©tait internet aux yeux du gouvernement. Les majors de la musique voulaient infliger Ă  ces bandits des peines allant d’une simple amende Ă  la coupure brutale de la connexion Ă  Internet.

    MalgrĂ© la rĂ©volte rigolarde (et trĂšs sĂ©rieuse) des internautes, qui ont dĂ» se transformer en juristes, Ă©plucher les textes et proposer des amendements pour dĂ©noncer la disproportion de la mesure et son illĂ©galitĂ© au regard des droits fondamentaux, la loi avait fini par ĂȘtre votĂ©e. Et la « Haute AutoritĂ© pour la diffusion des Ɠuvres et la protection des droits sur internet Â» (Hadopi) a pu commencer de punir les internautes trop friands de films et de musique (mĂȘme si la mesure de coupure de connexion internet a Ă©tĂ© supprimĂ©e en 2013).

    Ensuite, les usages ont changĂ©. L’apparition d’une offre lĂ©gale plĂ©thorique (Deezer, plateformes de streaming vidĂ©o) a fait reculer le tĂ©lĂ©chargement en peer-to-peer. Mais La Quadrature n’a jamais renoncĂ© Ă  faire tomber la Hadopi, Ă  cause de sa dangerositĂ© juridique et de ce qu’elle s’autorise Ă  faire des donnĂ©es personnelles des internautes. S’est ensuivi un long et lent va-et-vient entre les cours administratives au niveau français et europĂ©en. Nous avons comparu deux fois devant la Cour de justice de l’Union europĂ©enne, pour faire reconnaĂźtre que l’exploitation des adresses IP des internautes, sans contrĂŽle extĂ©rieur, Ă©tait abusive au regard du droit europĂ©en. Tandis que les gouvernements français persistaient Ă  dĂ©fendre une « exception lĂ©gitime Â» pour la Hadopi, au mĂȘme titre que la lutte contre le terrorisme ou la pĂ©docriminalitĂ©.

    Cette annĂ©e, enfin, le Conseil d’État nous a donnĂ© raison. L’argumentation technique et juridique est fine, ne prenons pas le risque de la caricaturer : vous pouvez la lire en dĂ©tail dans l’article (dans le paragraphe « Sept ans de combat judiciaire Â»). Quoi qu’il en soit, le dĂ©cret central qui permettait le dispositif rĂ©pressif de la Hadopi est annulĂ©. Hadopi, c’est fini. Il aura fallu 17 ans pour y arriver. Champagne (et datalove <3).

    L’article du 7 mai : Hadopi (2009–2026)

    Le contrÎle social par les données personnelles

    La nouvelle « loi Fraude Â» votĂ©e par l’AssemblĂ©e nationale fin avril et par le SĂ©nat mi-mai prĂ©voit d’Ă©largir le droit d’accĂšs donnĂ© aux services sociaux pour fouiller la vie des locataires dans les moindres dĂ©tails. La loi veut en particulier lĂ©galiser l’accĂšs Ă  des informations bancaires qu’exercent illĂ©galement certains conseils dĂ©partementaux pour fliquer les allocataires du RSA, soupçonnĂ©s apparemment d’ĂȘtre fraudeurs par dĂ©finition. ConcrĂštement, des agents publics Ă©pluchent jusqu’au dernier euro les relevĂ©s de comptes des allocataires, en leur demandant de rendre compte, avec attestation sur l’honneur, de la moindre entrĂ©e de 10 euros. Cette suspicion obsessionnelle, envers des personnes dont la vie est dĂ©jĂ  trĂšs prĂ©caire, atteint malheureusement son but : de nombreuses personnes renoncent Ă  leur droit lĂ©gitime au RSA, et plus particuliĂšrement dans les dĂ©partements les plus sĂ©vĂšres.

    Au nom de la « lutte contre la fraude Â», ces agissements institutionnels Ă©puisent dĂ©libĂ©rĂ©ment les personnes qu’ils visent, et causent des situation de dĂ©tresse psychologique et matĂ©rielle dangereuses. À tel point qu’un collectif d’allocataires a attaquĂ© le dĂ©partement du FinistĂšre pour « harcĂšlement moral institutionnel Â».
    Dans le cadre de notre campagne France ContrĂŽle, qui analyse les pratiques numĂ©riques des services sociaux pour traquer les allocataires, nous appelons Ă©videmment Ă  un encadrement strict de ce droit d’accĂšs.

    L’article du 4 mai : Projet de loi Fraudes : le Parlement Ă©largit l’accĂšs aux comptes bancaires pour le contrĂŽle du RSA

    Affaire du 8 dĂ©cembre : procĂšs en appel

    Vous vous rappelez sans doute l’affaire dite du 8 dĂ©cembre, dont nous avions longuement parlĂ© il y a deux ans. Dans cette affaire visant sept personnes qui ne se connaissaient pas toutes entre elles, le parquet anti-terroriste avait convaincu le tribunal, Ă  grand renfort d’Ă©coutes et d’interprĂ©tations, qu’il s’agissait d’un groupe « d’ultra-gauche Â» dangereux prĂ©sentant un risque de passage Ă  l’acte terroriste. Et pourtant, aucun projet terroriste. L’affaire avait retenu notre attention parce que parmi les Ă©lĂ©ments citĂ©s pour dĂ©finir cette dangerositĂ©, figurait le fait que certaines personnes utilisaient pour leurs Ă©changes des outils numĂ©riques chiffrĂ©s.

    Par dĂ©faut, les Ă©changes sur internet ne sont pas protĂ©gĂ©s. Utiliser le chiffrement, c’est permettre au web de respecter le secret des correspondances. Mais pour l’anti-terrorisme, c’est le signe qu’on veut cacher quelque chose, et qu’on a donc quelque chose Ă  cacher. Chiffrer, c’est prouver ses mauvaises intentions. Raisonnement circulaire ? Oui.

    Quoi qu’il en soit, la plupart des personnes condamnĂ©es en premiĂšre instance ont dĂ©cidĂ© de faire appel, malgrĂ© l’Ă©preuve qu’est un procĂšs, pour effacer de leur vie l’accusation de terrorisme, qui empĂȘche de travailler, par exemple. Nous leur renouvelons notre soutien. Mais plus largement, nous voulons redire combien les outils policiers et judiciaires utilisĂ©s dans ces affaires sont contestables, en raison du rĂ©gime de suspicion sur lequel ils reposent – comme dans l’exemple du chiffrement. Notre article fait le tour de ces mesures et explique leur dangerositĂ© pour les droits de tous et toutes.

    L’article du 4 mai : L’affaire du « 8 dĂ©cembre Â» de retour devant la justice

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